[ Back to EurekAlert! ] Public release date: 16-Feb-2008
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Natural Sciences and Engineering Research Council

Populations de poissons dévastées : des produits chimiques entraînent un changement de sexe

Ce communiqué est aussi disponible en anglais.

Bien que la plupart d’entre nous connaissent les risques associés au déversement de produits toxiques dans l’écosystème par l’entremise du système d’égout municipal, l’œstrogène constitue une menace potentiellement dévastatrice pour les populations de poissons.

À la suite d’un effort de recherche exhaustif d’une durée de sept ans, des biologistes canadiens signalent que des quantités minimes d’œstrogène présent dans les rejets d’eaux usées municipales peuvent dévaster des populations de poissons sauvages qui vivent en aval des effluents.

La recherche, dirigée par Karen Kidd, professeure de biologie à l’Université du Nouveau Brunswick (Saint John) et au Canadian Rivers Institute appuyée par le CRSNG, confirme que l’œstrogène synthétique utilisé dans les pilules anticonceptionnelles peut bouleverser la vie sexuelle des poissons. Les femmes excrètent naturellement de petites quantités d’œstrogène, qu’elles prennent des pilules anticonceptionnelles ou non.

Des sujets mâles exposés à de l’œstrogène ont été féminisés et ont produit des protéines d’œuf, normalement synthétisés par les femelles. Chez les femelles, l’œstrogène peut retarder la période normale de maturation sexuelle ainsi que la production d’œufs.

« Nous savions depuis un certain temps que l’œstrogène peut exercer un effet néfaste sur la santé génésique des poissons, mais notre étude a été la première à montrer les répercussions à long terme de ce produit sur la durabilité des populations de poissons sauvages, explique Mme Kidd. En fait, nous avons démontré que l’œstrogène peut éradiquer des populations entières de petits poissons – une source cruciale d’aliments pour les poissons plus gros, dont la survie pourrait par conséquent être menacée à long terme. »

Mme Kidd et ses collègues ont exposé ces résultats l’an dernier dans Proceedings of the National Academy of Sciences, des États-Unis. Elle présentera également les résultats de ses travaux de recherche au cours de la conférence de 2008 de la prestigieuse American Association for the Advancement of Science (AAAS) dans le cadre d’une séance intitulée From Kitchen Sinks to Ocean Basins: Emerging Chemical Contaminants and Human Health.

L’œstrogène fait partie d’une classe plus étendue de produits chimiques qui entraînent un changement de sexe, appelés perturbateurs endocriniens. Ces contaminants, également présents dans les effluents d’usines de pâtes et papiers, peuvent interférer sérieusement avec les processus hormonaux normaux, souligne Mme Kidd, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la contamination chimique des réseaux alimentaires.

Afin de mieux comprendre les répercussions de l’œstrogène sur les poissons, les chercheurs ont mené une étude d’une durée de sept ans à l’échelle d’un lac situé dans la région des lacs expérimentaux, au nord-ouest de l’Ontario. Durant trois étés, ils ont ajouté à l’eau du lac des quantités minimes – un petit nombre de parties par billion – d’œstrogène synthétique utilisé dans les pilules contraceptives afin d’obtenir les concentrations mesurées dans les eaux usées municipales.

Durant cette période, ils ont observé que l’exposition chronique à l’œstrogène a entraîné la quasi-extinction de la population de têtes-de-boule ainsi que des réductions importantes du nombre de poissons plus gros, comme le mulet perlé et le touladi.

« Généralement, plus les poissons sont petits, plus ils sont vulnérables à l’œstrogène. C’est parce que les poissons plus petits ont une vie durée de vie plus courte et meurent souvent après s’être reproduit une seule fois », fait remarquer Mme Kidd.

Les chercheurs ont utilisé de l’œstrogène synthétique, parce qu’il a tendance à persister plus longtemps dans l’environnement que l’œstrogène naturel. Toutefois, le problème que pose l’œstrogène n’est pas sa persistance dans l’environnement, mais plutôt son déversement persistant dans les eaux usées municipales qui aboutissent dans les eaux de surface.

Selon Mme Kidd, le risque est plus élevé pour les écosystèmes aquatiques situés en aval des municipalités qui déversent des eaux usées non traitées ou qui entretiennent des installations de traitement primaire. En revanche, le problème est moins préoccupant près des villes qui éliminent de leurs eaux usées une large gamme de contaminants chimiques, incluant les œstrogènes, grâce à des procédés de traitement secondaire et tertiaire.

On comprend maintenant, dit-elle, que l’élimination de l’œstrogène grâce au traitement des eaux usées peut inverser l’effet néfaste de cette substance ou hormone sur les poissons sauvages. En fait, trois ans après avoir arrêté l’ajout d’œstrogène synthétique au lac expérimental, les chercheurs ont découvert que la population de têtes-de-boule reprenait le dessus.

« Pour moi, c’est une bonne nouvelle. Nous avons beaucoup de preuves qui suggèrent qu’une fois le facteur de stress éliminé du système, les populations de poissons affectées se rétabliront », conclut Mme Kidd.

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Karen Kidd
Département de biologie
Université du Nouveau-Brunswick
Tél. : 506-648-5809
kiddk@unbsj.ca

Doré Dunne
Gestionnaire, Affaires publiques
Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG)
Tél. cell. : 613-851-8677
dore.dunne@crsng.ca



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