La recommandation de la Société américaine de cardiologie d'effectuer un dépistage de routine est «prématurée», déclarent des scientifiques
Ce communiqué est disponible en anglais.
Dans une étude qui doit être publiée dans le numéro spécial du 12 novembre du Journal of the American Medical Association (JAMA), des chercheurs des universités McGill et Johns Hopkins et de six autres institutions des quatre coins du monde remettent en question la récente suggestion de la Société américaine de cardiologie que des millions de Nord-Américains atteints de maladies du cour devraient faire l'objet d'un dépistage de routine de la dépression. Ce dépistage nécessiterait de soumettre le malade à un questionnaire et à d'autres tests pour essayer d'identifier les personnes qui pourraient n'avoir ni historique ni indications cliniques de la dépression, mais qui pourraient néanmoins être déprimées.
La Société américaine de cardiologie soutient que le lien entre la dépression et le traitement des maladies du cour est important.
Toutefois, le Dr Brett Thombs, de l'Université McGill et de l'Hôpital général juif qui y est affilié, et le Dr Roy Ziegelstein, de l'Université Johns Hopkins, affirment que la preuve médicale n'est pas suffisante pour soutenir une telle « entreprise, aussi gigantesque, coûteuse et laborieuse », et fournissent plutôt la preuve que le fait de tenter de dépister la dépression ne serait pas bénéfique aux personnes traitées pour une maladie du cour.
« L'idée que des professionnels de la santé autre que mentale puissent administrer un test de dépistage rapide et facile à utiliser et que cela profiterait aux malades est très attirante», a déclaré le Dr Thombs, psychologue et professeur adjoint au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l'Université McGill et de l'HGJ. « Malheureusement, dans la réalité, ce serait une entreprise extrêmement difficile qui ne procurerait pas d'avantages pratiques aux malades. »
L'étude a été réalisée à partir d'une série de plus de 1 500 études cliniques de partout dans le monde, dont 17 ont été sélectionnées pour être révisées en détail.
« Nous avons découvert que le dépistage seul, ou le dépistage et le référencement, n'aident pas la plupart des malades. Ceci est vrai même au début du traitement, quand le médecin est habituellement mieux formé qu'un cardiologue pour gérer la dépression», a déclaré le Dr Thombs. «Nous n'observons d'effets positifs que dans les environnements de "traitements avancés" ou de "traitements en collaboration", soit lorsque des spécialistes des maladies mentales sont prêts à intervenir. Et même là, on ne constate que des effets ténus. »
Les chercheurs ont découvert que le fait de traiter la dépression chez des personnes atteintes d'une maladie du cour se traduisait par un changement dans les symptômes de seulement 1 à 4 %, comparativement aux personnes traitées au placebo. Ce résultat, a déclaré le Dr Ziegelstein, est « trop faible pour qu'on s'attende à des avantages significatifs pour la plupart des gens, particulièrement du fait que les méthodes de dépistage ne sont pas très précises pour identifier les personnes qui tireraient profit du traitement. »
« En outre, nous n'avons trouvé aucun lien entre le fait d'être soigné contre la dépression et l'évolution de la maladie cardiovasculaire, comme le fait de subir des crises cardiaques répétées », a ajouté le Dr Thombs. « Cela dit, nous n'affirmons aucunement que la dépression ne compte pas. La dépression entraîne beaucoup de souffrances, mis à part les effets sur le système cardiovasculaire, et elle peut nettement nuire à la façon dont les gens prennent soin d'eux-mêmes après avoir subi une crise cardiaque. »
« Nous disons simplement que nous ne possédons pas les outils, dans les installations de traitements cardiovasculaires, pour identifier les personnes qui ne sont pas encore traitées pour la dépression et améliorer leur vie. Ce dont nous avons réellement besoin, c'est de plus de recherche sur comment nous pouvons aider de notre mieux les personnes atteintes de maladies du cour à adopter des comportements sains qui combattent la dépression, comme arrêter de fumer, faire de l'exercice régulièrement et conserver un poids santé. »
D'autres chercheurs ont contribué à cette étude, y compris Peter de Jonge, Ph. D., du Centre médical de l'Université de Groningue, aux Pays-Bas; James Coyne, Ph. D., de l'École de médecine de l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie; Mary Whooley, M.D., de l'Université San Francisco en Californie; Nancy Frasure-Smith, Ph. D., de l'Université McGill; Alex Mitchell, M. Sc., M.R.C. psychiatrie, de l'Infirmerie Royal Leicester, au Royaume-Uni; Marij Zuidersma, M.Sc., de l'Université de Groningue; Cheri Smith, M.L.S., et Karl Soderlund, B.S., de l'Université Johns Hopkins, Chete Eze-Nliam, M.D., M.P.H., du Centre médical Interfaith de Brooklyn, New York; et Bruno Lima, de l'École de médecine de l'Université fédérale du Ceará, à Fortaleza-ce, au Brésil.
À propos de l'Université McGill
Fondée à Montréal, au Québec, en 1821, l'Université McGill est le chef de file des institutions postsecondaires canadiennes. Elle réunit deux campus, onze facultés, dix écoles professionnelles, 300 programmes d'études et plus de 33 000 étudiants. Depuis 2000, McGill a recruté plus de 800 professeurs qui y partagent leur énergie, leurs idées et leurs recherches de pointe. McGill attire des étudiants de plus de 160 pays originaires des quatre coins du monde. La langue maternelle de près de la moitié des étudiants de l'Université, dont 6 000 sont francophones, est autre que l'anglais. Par ailleurs, plus de 6 200 étudiants étrangers représentent près de 20 pour cent du corps étudiant de l'Université.
À propos de l'HGJ
Depuis 1934, l'Hôpital général juif - Sir Mortimer B. Davis, un hôpital d'enseignement affilié à l'Université McGill, « Au service de tous », dessert des patients de diverses appartenances religieuses, linguistiques et culturelles, de la région de Montréal, du Québec et de l'extérieur de la province. L'un des plus grands hôpitaux de soins de courte durée du Québec, l'HGJ a acquis une réputation d'excellence dans d'importantes spécialités médicales en agrandissant et en modernisant sans cesse ses installations consacrées aux traitements cliniques, à l'enseignement et à la recherche menée à l'Institut Lady Davis pour la recherche médicale. Pour en savoir davantage, veuillez consulter JGH.ca.