[ Back to EurekAlert! ] Public release date: 23-Aug-2012
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Burness Communications

Des systèmes d'irrigation pilotés par les paysans eux-mêmes changent la donne en matière de sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud

Une etude montre comment des innovations dans la gestion de l'eau par les petits exploitants agricoles pourraient stimuler le rendement des cultures et accroitre les revenus des menages de dizaines de milliards de dollars

Ce communiqué est disponible en anglais.

STOCKHOLM (24 août 2012) – Alors que le monde subit une nouvelle escalade des prix alimentaires après la mauvaise mousson en Asie et la « super sécheresse » aux États-Unis, une récente étude montre que des systèmes d'irrigation à petite échelle peuvent protéger des millions d'agriculteurs de l'insécurité alimentaire et des risques climatiques en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. L'Institut international de gestion de l'eau (IWMI), un centre de recherche du consortium du CGIAR, vient de la publier en prévision de la Semaine mondiale de l'eau de Stockholm.

Selon ce rapport, intitulé Water for wealth and food security: Supporting farmer-driven investments in agricultural water management (De l'eau pour la prospérité et la sécurité alimentaire : soutenir les investissements menés par les agriculteurs dans la gestion de l'eau agricole), une expansion de l'utilisation des techniques de gestion de l'eau par les petits exploitants agricoles pourrait accroître les rendements de près de 300 % dans certains cas, et ajouter des dizaines de milliards de dollars aux revenus des ménages en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est.

« Nous n'avons cessé de témoigner de ce qui arrive aux pauvres de ce monde – dont la majorité dépend de l'agriculture pour sa subsistance et souffre d'un manque d'eau – lorsqu'ils sont à la merci de notre fragile système alimentaire mondial, rappelle le Dr Colin Chartres, directeur général de l'IWMI. Pourtant, dans le monde en développement, les agriculteurs font de plus en plus appel pour leur eau, à des solutions à petite échelle, bien adaptées aux conditions locales, et en retirent des avantages. »

Une évaluation a quantifié la couverture potentielle et les possibles revenus supplémentaires pour les ménages, d'un certain nombre de solutions en matière d'eau, applicables dans les exploitations agricoles ou dans les communautés locales. Les résultats sont synthétisés dans le tableau ci-dessous.

L'initiative de recherche AgWater Solutions, qui a duré trois ans, a pour la première fois révélé à quel point les petits exploitants agricoles entreprenants mènent eux-mêmes cette révolution en utilisant leurs propres ressources de façon innovante au lieu d'attendre que l'eau leur soit délivrée.

« Nous avons été sidérés par l'ampleur du phénomène, explique Meredith Giordano de l'IWMI, la coordinatrice de l'initiative. Malgré des obstacles tels que des coûts initiaux élevés et des chaînes d'approvisionnement peu développées, de petits exploitants agricoles d'Afrique et d'Asie ont été de l'avant en utilisant leurs propres ressources pour financer et installer des technologies d'irrigation. Il est évident que ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sont aux commandes de cette tendance. »

Au Ghana, par exemple, les petits systèmes d'irrigation privés emploient déjà 45 fois plus de personnes et couvrent 25 fois plus de terrain que les systèmes d'irrigation publics. La majorité des agriculteurs, qui déclarait utiliser actuellement des seaux ou dépendre de cultures pluviales, a exprimé un réel souhait d'acheter une pompe motorisée, mais n'avait ni les ressources, ni les connaissances ni l'accès à des fournisseurs pour le faire.

Les partenaires qui ont collaboré à AgWater sont convaincus que les implications de ce travail pourraient être profondes, en particulier pour les bailleurs de fonds et les investisseurs privés cherchant à stimuler les revenus et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde, en améliorant l'accès des agriculteurs aux ressources en eau.

Cette recherche est le fruit d'un effort collaboratif qui a impliqué plusieurs partenaires internationaux et nationaux et a été financé par la Fondation Bill et Melinda Gates. Elle fournit la meilleure preuve à ce jour de l'ampleur et des avantages économiques potentiels de la gestion de l'eau par les petits exploitants agricoles en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

L'eau reste une contrainte majeure pour la production alimentaire de millions de petits exploitants agricoles. Bien que les ressources en eau soient souvent suffisantes, les agriculteurs n'ont pas les moyens de les récolter, ce qui limite leurs possibilités de culture à la saison des pluies et restreint ainsi leurs chances d'accroître leurs revenus.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, à peine 3 % des abondantes ressources en eau renouvelables de l'Afrique subsaharienne sont utilisés pour l'agriculture. Approximativement 4 % des terres arables sont équipés pour l'irrigation, dont moins de 6 % sont alimentés par des eaux souterraines.

Selon les experts, une amélioration des capacités de gestion de l'eau pourrait dynamiser la petite exploitation agricole et devenir un moteur important pour la croissance économique, la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire.

Purushottam Patel, du Gujarat (Inde), est l'un de ces agriculteurs innovateurs. Il utilise la bouse de ses huit vaches pour générer du biogaz. Celui-ci alimente une pompe qui fonctionne en partie au gazole et en partie au gaz. Ce nouveau dispositif lui a permis d'économiser 400 dollars par an sur ses frais de gazole. Il a également amélioré l'approvisionnement en eau de son exploitation et permis ainsi d'en doubler la production. Purushottam Patel vend aujourd'hui son eau aux exploitations agricoles voisines, ce qui contribue à renforcer la production alimentaire locale.

« Nous disposons déjà des technologies pour la gestion de l'eau par les petits exploitants, note Meredith Giordano. Des pompes bon marché et de nouveaux moyens de les alimenter transforment la production agricole et accroissent les revenus un peu partout en Afrique et en Asie. Des outils simples pour creuser des puits et recueillir les eaux de pluie ont permis à de nombreux agriculteurs de produire des récoltes en saison sèche, et d'augmenter ainsi considérablement leurs revenus. »

Une expansion incontrôlée de la gestion de l'eau par les petits exploitants agricoles n'est toutefois pas sans risques. Les agriculteurs les plus pauvres, les femmes en particulier, doivent toujours lutter pour trouver les ressources qui leur permettront d'accéder aux nouvelles technologies, ce qui pourrait creuser les inégalités. Si les agriculteurs s'engagent dans un système où l'eau est gratuite pour tous, les ressources disponibles risquent à certains endroits de chuter en dessous des niveaux durables.

Les partenaires d'AgWater estiment que de nouveaux dispositifs institutionnels sont nécessaires pour faire face à ces défis. Ils étudient également des modèles d'activité novateurs susceptibles d'améliorer l'accès à l'eau, tels que les systèmes de location de « pompes à vélo », où des opérateurs à bicyclette parcourent les zones rurales pour louer les services de la pompe attachée à leur véhicule.

Ces recherches ont déjà influencé les politiques publiques à au moins deux endroits. Dans l'État du Bengale occidental (Inde), le gouvernement a supprimé les licences exigées pour les petites pompes et introduit un forfait de raccordement au réseau électrique pour les agriculteurs des zones riches en eau, afin de les encourager à utiliser l'eau disponible pour accroître leur productivité agricole. En Tanzanie, le projet de recherche a également joué un rôle dans la décision du gouvernement d'accroître de 6 millions de dollars l'investissement national dans l'agriculture.

« Il existe d'énormes possibilités d'investissement pour exploiter le potentiel de cette approche menée par les agriculteurs, signale le Dr Chartres. AgWater Solutions a identifié où cibler ces investissements pour maximiser leur impact au niveau du pays, de l'État et local. Nous connaissons aujourd'hui les leviers à actionner pour tirer parti de l'expansion des innovations menées par les agriculteurs. »

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Les partenaires de recherche étaient le Stockholm Environment Institute, l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, l'iDE, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, et CH2MHill. Les partenaires-collaborateurs nationaux comprenaient la Direction des aménagements et du développement de l'irrigation (DADI) et le ministère de l'Agriculture du Burkina Faso ; la Ghana Irrigation Development Authority (la régie ghanéenne de mise en valeur de l'irrigation) ; le ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture et le ministère du Développement agricole et rural de l'Éthiopie ; le Centre for Advanced Research & Development de Bhopal (Inde) ; Rajarhat PRASARI au Bengale occidental (Inde) ; le ministère de l'Agriculture, de la Sécurité alimentaire et des Coopératives de la Tanzanie ; et le ministère de l'Agriculture de la Zambie.



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