[ Back to EurekAlert! ] Public release date: 31-Oct-2012
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University of Montreal

Efficacité de la nitisinone confirmée pour une maladie du foie mortelle

Ce communiqué est disponible en anglais.

MONTRÉAL, Canada, le 31 octobre 2012 - Un consortium de chercheurs québécois coordonné par le Service de génétique médicale du CHU Sainte-Justine a publié les résultats d'une étude sur 25 ans portant sur le traitement de la tyrosinémie, maladie du foie mortelle d'origine génétique dépistée à la naissance au Québec, province où elle est beaucoup plus fréquente qu'ailleurs dans le monde. «Chez les nouveau-nés traités à la nitisinone dans le premier mois de vie, aucune trace de la maladie n'est décelable dans le foie après au moins cinq ans de traitement, » affirme Dr Grant Mitchell, du CHU Sainte-Justine et de l'Université de Montréal, qui a dirigé l'étude publiée dans Molecular Genetics and Metabolism en septembre 2012.

En raison d'une mutation génétique, le foie des enfants atteints de tyrosinémie ne dégrade pas correctement la tyrosine, un acide aminé contenu dans l'alimentation. Des composés toxiques s'accumulent donc dans le foie, provoquant des complications comme la cirrhose et le cancer du foie, lesquelles nécessitent la plupart du temps une greffe du foie pour assurer la survie du patient. Un médicament, la nitisinone, produit des résultats spectaculaires, parce qu'il réduit la production de toxines, en modifiant la manière dont la tyrosine est dégradée. Si le traitement est entrepris dans le premier mois de vie de l'enfant et qu'il est bien suivi, le foie malade redevient normal.

Il y a 40 ans, 90 % des enfants tyrosinémiques décédaient avant l'âge de 2 ans. L'étude montre que, aujourd'hui, ils peuvent jouir d'une santé normale pendant au moins 18 ans, et possiblement à vie. Au Québec, le dépistage à la naissance est offert depuis 1970, et le traitement par nitisinone est disponible depuis 1994. La situation est différente ailleurs dans le monde, où dans la plupart des pays, le dépistage néonatal pour la tyrosinémie n'est pas offert.

En effet, ailleurs qu'au Québec, les enfants atteints se présentent à l'hôpital avec des complications sérieuses, d'habitude à quelques mois de vie déjà, et ce n'est qu'à ce moment qu'ils sont diagnostiqués. Pour ces enfants, les résultats de l'étude sont d'une importance cruciale. « Le traitement aide également les enfants diagnostiqués tardivement, parce qu'il prévient les complications aiguës, notamment la transplantation du foie, explique Dr Mitchell.

Les résultats du groupe québécois lèvent tout doute sur l'efficacité du traitement à la nitisinone et l'avantage du dépistage précoce de la tyrosinémie. Les chercheurs espèrent que leurs conclusions seront rapidement exportées et adoptées afin que les enfants ailleurs dans le monde puissent aussi bénéficier d'un traitement rapide et optimal.

Dans le monde, une personne sur 100 000 est atteinte de tyrosinémie. Un effet fondateur génétique historique au Québec propulse cette proportion à une personne sur 16 000, voire à une sur 1 846 au Saguenay. De l'avis de Dr. Guy Parizeault, le pédiatre du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Chicoutimi qui a pris la relève du premier auteur de l'étude, Dr Jean Larochelle, en qualité de médecin responsable local du suivi des enfants atteints de tyrosinémie, « le Québec était l'endroit idéal pour mener cette recherche sur la tyrosinémie, car le nombre de patients est suffisamment grand pour tirer des conclusions scientifiques valables, et la province jouit d'une collaboration étroite avec les médecins responsables du suivi et le groupe de parents des enfants atteints. »

Détails de l'étude

Pour évaluer l'efficacité de la nitisinone, les chercheurs ont examiné rétrospectivement l'évolution de la maladie chez les malades québécois avant 1994, donc ceux qui n'avaient pas reçu le traitement. Ils ont ensuite comparé leurs observations à l'étude prospective de la progression de la maladie chez les patients ayant été dépistés à la naissance à compter de 1994, qui ont tous été traités à la nitisinone. Les médecins de tous les centres universitaires au Québec responsables du suivi d'un enfant tyrosinémique ont participé à l'étude collaborative. Les enfants ont été suivis localement pour leur traitement diététique et médical et ont été évalués une fois par année au CHU Sainte-Justine par une équipe multidisciplinaire de médecins spécialistes de la génétique, des maladies du foie et de l'imagerie médicale. L'étude a été réalisée en collaboration avec les patients membres du Groupe d'aide aux enfants tyrosinémiques du Québec et leurs parents.

Malgré les conclusions enthousiasmantes, les chercheurs demeurent prudents. Ils soulignent l'importance de continuer à surveiller le développement de complications découlant de la tyrosinémie ou du traitement. « Nous avons poursuivi cette étude pendant 25 ans. C'est suffisamment long pour avoir la certitude que le traitement à la nitisinone stoppe carrément cette maladie hépatique ou en ralentit radicalement la progression, poursuit Dr Mitchell. Cet exemple illustre bien comment certaines maladies génétiques, même les plus sévères, peuvent être traitables », conclut-il.

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Au sujet du chercheur :

Dr Grant Mitchell
Chercheur au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine
Professeur titulaire, Pédiatrie, Faculté de médecine de l'Université de Montréal



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