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American Association for the Advancement of Science

Un nouvel antibiotique contre la tuberculose pourrait permettre de raccourcir la durée du traitement et de lutter contre les souches résistantes annoncent des chercheurs dans Science

L’antibiotique est efficace chez la souris et sans danger chez l’homme selon une étude

Un nouvel antibiotique s'avère prometteur, du moins chez la souris, pour soigner la tuberculose bien plus rapidement que les médicaments actuels rapportent des scientifiques. Il pourrait en outre être actif contre des souches multirésistantes du bacille responsable de la maladie. Donnée à des volontaires sains, cette substance n'a montré aucune toxicité et d'autres études chez l'homme sont actuellement en cours.

Ces résultats, obtenus par Koen Andries du Johnson & Johnson Pharmaceutical Research and Development, LLC à Beerse en Belgique et ses collègues, paraîtra sur le site de Science Express du 9 décembre qui est une partie intégrante de la revue Science, l'hebdomadaire publié par la société scientifique à but non lucratif AAAS.

Parmi les maladies infectieuses, la tuberculose vient juste après le sida en terme de mortalité, causant chaque année le décès d'environ deux millions de personnes. Les deux épidémies s'entretiennent mutuellement et plus de 11 millions d'adultes sont doublement infectés selon la Global Alliance for TB Drug Development.

Aucun nouveau médicament spécifique contre la tuberculose n'a été découvert ces quarante dernières années et l'émergence de souches de la bactérie résistantes à plusieurs médicaments devient un problème inquiétant. Le traitement actuel de la tuberculose recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) consiste en un coktail de produits à prendre pendant six à neuf mois.

" Le monde a désespérement besoin d'un nouveau médicament contre la tuberculose capable de combattre les souches résistantes et plus facile à prendre pour les patients. Ce que nous savons jusqu'à présent suggère que cela pourrait être le cas de ce nouvel antibiotique, ce qui est une nouvelle encourageante pour la santé dans le monde " indique Katrina Kelner, rédacteur en charge des sciences de la vie à la revue Science.

" Si l'usage de ce médicament est finalement approuvé chez l'homme, il pourrait s'ensuivre un changement dans le paradigme du traitement de la tuberculose " dit Koen Andries.

La substance appartient à une famille de composés appelés " diarylquinolines " ou " DARQ " récemment brevetés par Johnson & Johnson. L'équipe de recherche a identifié cette famille en criblant un grand nombre de composés de sa " banque " chimique pour un effet sur Mycobacterium smegmatis, une espèce voisine de M. tuberculosis utilisée en raison de son caractère non pathogène.

L'élément le plus prometteur de la famille des DARQ est un composé appelé R207910.

Les résultats obtenus montrent que R207910 agit d'une façon entièrement différente des autres antibiotiques connus. Il inhibe la machinerie cellulaire qui produit de l'énergie sous forme de molécules d'ATP. On connaît actuellement quatre principales classes d'antibiotiques, inhibant respectivement la synthèse de la paroi bactérienne, des protéines, du folate ou la réplication des acides nucléiques.

" Notre composé est très différent en ce sens qu'il est à ma connaissance le premier antibiotique agissant contre les bactéries par inhibition de la fourniture d'énergie. Le nom de DARQ [proche de dark en anglais qui veut dire sombre, obscur, noir] a été donné avant que nous ayons identifié ce mécanisme mais vous pouvez comparer l'action de l'antibiotique à un arrêt de l'apport en énergie à la bactérie, à une extinction de la lumière si vous voulez " ajoute Koen Andries.

Des expériences menées sur des cellules en culture ont montré que le R207910 est efficace contre plusieurs souches de Mycobacterium tuberculosis, y compris celles résistantes aux antibiotiques. Il n'agit pas sur d'autres bactéries, ce qui est un avantage car, moins sélectif, il aurait pu induire l'apparition de gènes de résistance dans d'autres espèces bactériennes et interférer avec la flore bactérienne.

Ensuite, les chercheurs ont testé leur produit chez la souris et trouvé qu'un mois de traitement avec un coktail de médicaments comprenant le R207910 réduisait la charge bactérienne dans les poumons dans les mêmes proportions qu'après deux mois de traitement classique. Et au bout de deux mois de traitement, il semblait n'y avoir plus aucune trace de la bactérie dans les poumons de la souris.

Ces résultats suggèrent que le temps de traitement pourrait être réduit de moitié avec les thérapies anti-tuberculeuses incluant ce nouveau médicament.

Cette réduction du temps d'administration des médicaments pourrait avoir d'importantes conséquences pour l'efficacité du traitement. Actuellement, beaucoup de patients cessent de prendre leur traitement avant l'éradication complète de l'infection en raison des effets secondaires et des contraintes qu'il impose indique Andries.

Pour améliorer l'observance du long traitement actuel, l'OMS recommande que le personnel de soin assiste à la prise des médicaments par les malades, une pratique appelée " DOTS " pour " Directly Observed Treatment, Short Course ".

" Cette méthode est très efficace mais fait peser une pression excessive sur le système de soins. Une prise plus courte de médicaments dans le temps améliorera radicalement le traitement et son observance, accélèrera le développement de la pratique du DOTS, et permettra de soigner plus de patients " précise Koen Andries.

" Dans certaines régions, l'observance est un problème important ajoute-t-il, il peut être assez difficile d'expliquer à des patients qu'ils doivent continuer à prendre ces médicaments désagréables même des mois après que les symptômes ont disparu.

Dans leur étude publiée dans Science, les chercheurs rapportent aussi les résultats d'une première étape de test du produit chez l'homme. Comme dans tous les essais cliniques de phase I, il s'agissait de tester l'innocuité du produit sur des volontaires sains. L'étude comportait 81 personnes dont une partie n'avait reçu qu'un placebo.

Les symptômes présentés par ces volontaires furent " légers " et correspondaient à ce que l'on peut voir normalement avec un médicament dépourvu d'effets secondaires notables indique Andries.

" Jusqu'à présent, ce composé paraît vraiment sans risque si l'on tient compte du fait, bien sûr, que nous n'avons étudié qu'un nombre limité de personnes et sur une durée également limitée, aussi d'autres études sont nécessaires " mentionne Andries. Les essais cliniques de phase II destinés à mesurer l'efficacité du produit sont en cours et ceux de phase III la compareront avec celle des traitements standards.

Durant cette étude, les taux du médicament mesurés dans le plasma des volontaires ont atteint des niveaux sept fois plus élevés que ceux relevés chez les souris qui ont pu être soignées.

" Si on exclut des effets secondaires insoupçonnés, nous pensons vraiment avoir un produit très intéressant, souligne Andries, nos études indiquent que les taux dans le plasma doivent juste être aussi élevés que ce qu'ils étaient chez la souris pour être efficaces, mais nous pouvons largement dépasser ces concentrations chez l'homme sans rencontrer d'effets secondaires significatifs. "

Les coauteurs de l'article avec le Dr. Koen Andries sont Peter Verhasselt, Hinrich Göhlmann, Jean-Marc Neefs, Hans Winkler, Jef Van Gestel, Philip Timmerman et Didier de Chaffoy au Johnson & Johnson Pharmaceutical Research and Development, LLC à Beerse en Belgique ; Jérôme Guillemont au Johnson & Johnson Pharmaceutical Research and Development du Val de Reuil, France ; Min Zhu au Johnson & Johnson Pharmaceutical Research and Development, LLC à Raritan, New Jersey (États-Unis) ; Ennis Lee et Peter Williams au Johnson & Johnson Pharmaceutical Research and Development, LLC de High Wycome, Royaume-Uni, Emma Huitric et Sven Hoffner au Swedish Institute for Infectious Disease Control à Solna en Suède ; Emmanuelle Cambau, Chantal Truffot-Pernot, Nacer Lounis et Vincent Jarlier à la faculté de médecine de la Pitié-Salpêtrière à Paris, France. Nacer Lounis est actuellement à la Johns Hopkins University School of Medicine à Baltimore, Maryland (États-Unis).

Cette étude a été soutenue par le Johnson & Johnson Pharmaceutical Research and Development, LLC et les travaux chez l'animal faits à Paris ont été financés par des bourses annuelles de l'Association Française Raoul Follereau, de l'INSERM et du Ministère de l'Éducation Nationale et de la Recherche.

L'American Association for the Advancement of Science (AAAS) est la plus grande société scientifique du monde et édite la revue Science (www.sciencemag.org). L'AAAS, fondée en 1848, est au service de 10 millions de personnes au travers de 262 sociétés et académies des sciences affiliées. Science est la revue générale scientifique à comité de lecture la plus vendue dans le monde, avec un lectorat total estimé à un million de personnes. L'AAAS (www.aaas.org), à but non lucratif, est ouverte à tous et remplit sa mission de " faire avancer la science et de servir la société " par le biais notamment d'initiatives dans les politiques scientifiques, de programmes internationaux et de l'éducation scientifique. Pour les dernières nouvelles de la recherche scientifique, visitez Eurekalert !, www.eurekalert.org, le premier site web d'actualités scientifiques qui est aussi un service fourni par l'AAAS.


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