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American Association for the Advancement of Science (AAAS)

L’augmentation de la consommation de la faune sauvage est liée au déclin de la pêche en Afrique de l’Ouest selon une étude paraissant dans Science

L'étude qui a porté sur une période de trente ans suggère que les baisses d'approvisionnement en poisson au Ghana provoquent une augmentation régionale de la chasse, du commerce et de la consommation de la faune sauvage dans ce pays. Le déclin des stocks de poissons laisse penser que les ressources de la mer sont près de s'effondrer sous l'effet de leur surexploitation par les bâteaux de pêche, qu'ils soient de la région ou étrangers, notamment ceux subventionnés par l'Union Européenne. Les auteurs avancent qu'un effondrement de la pêche se ferait largement sentir au niveau des économies locales, de l'alimentation des populations de la région et des efforts menés à terre pour protéger la nature.

Ces résultats sont publiés dans la revue Science du 12 novembre 2004 éditée par l'AAAS, la société scientifique à but non lucratif.

Les auteurs demandent aux pays de la région et à l'Union Européenne d'améliorer leur pratique de la pêche afin de protéger la biodiversité mais aussi d'assurer une plus grande sécurité alimentaire et une réduction de la pauvreté. Ils soulignent également le besoin d'une autre source en protéine que la faune sauvage qui soit à la fois bon marché et saine du point de vue écologique. Ils recommandent également de meilleures mesures de protection des populations restantes d'animaux sauvages.

Les chercheurs ont étudié les chiffres des produits de la pêche, des ressources en poissons, de la pression de la chasse sur la faune sauvage et de l'abondance de cette dernière. Ils ont trouvé que les années pauvres en approvisionnement en poissons coïncidaient avec celles d'une chasse accrue dans les réserves naturelles et d'une forte diminution dans les quantités d'animaux sauvages.

« Notre étude apporte des preuves très solides de la façon dont l'approvisionnement alimentaire des hommes peut être directement en rapport avec la protection de la faune sauvage » précise Justin Brashares, l'un des auteurs à l'Université de Californie-Berkeley à Berkeley en Californie et à l'Université de Cambridge au Royaume-Uni.

Justin Brashares espère que ce travail aidera à faire prendre conscience que tout effort de protection de la nature ne peut être accompli isolément. Protéger une espèce ou un système donné demandera par exemple d'évaluer comment interagissent les hommes et leurs ressources au travers des écosystèmes.

Sous les tropiques, les animaux chassés pour la consommation humaine sont souvent regroupés sous le terme de « viande de brousse ». Les primates, les gros chats, les éléphants, antilopes, porcs-épics, escargots géants, minuscules oiseaux et beaucoup d'autres animaux que les chasseurs tuent et vendent ou consomment eux-mêmes sont ainsi considérés comme de la viande de brousse.

Dans le monde en voie de développement, cette activité lourde de plusieurs milliards de dollars contribue de façon cruciale aux économies locales. Elle représente aussi l'une des menaces les plus immédiates pour la vie sauvage sous les tropiques.

La nouvelle étude paraissant dans Science fait le lien entre recrudescences du commerce de la viande de brousse et baisses des ressources de la pêche, ce qui suggère que la surexploitation des eaux dans la région compliquera encore plus les efforts faits à terre pour protéger la biodiversité. La relation entre une pêche excessive et une pression accrue sur la faune sauvage terrestre ne se limite probablement pas au Ghana ou à l'Afrique de l'Ouest. Les nations industrialisées doivent, de l'avis de Brashares, reconnaître les conséquences que fait subir leur pêche subventionnée aux écosystèmes terrestres des pays en voie de développement.

Les auteurs ont calculé le montant total des prises en Afrique de la flotte de pêche de l'Union Européenne en se basant sur les données fournies par les entreprises de pêche à la FAO (Food and Agriculture Organization) des Nations Unies. Les baisses de quantité de poisson par habitant citées par les scientifiques sont dues en grande partie à l'augmentation de la population humaine. Les prises de poisson ont progressé durant la période de l'étude en raison d'une forte augmentation des efforts de pêche.

« Il faut que les gens travaillent ensemble entre disciplines pour voir combien les pertes en ressources marines affectent celles à terre et vice-versa » indique Brashares.

Justin Brashares a commencé à s'intéresser au commerce de la viande de brousse quand il a vu l'impact qu'il avait sur les écosystèmes d'Afrique de l'Ouest, son sujet d'étude au cours de sa thèse.

Quand un ancien vice-président du Ghana a fait la remarque que les troubles politiques et sociaux se produisaient presque toujours les années de mauvaise pêche, Brashares s'est tourné vers d'autres phénomènes qui pouvaient être en rapport avec ces années-là.

« Je me suis demandé si je pouvais trouver un indice montrant le lien entre apport de la pêche, commerce de la viande de brousse et déclin de la faune sauvage » dit Brashares.

Si des scientifiques avait déjà envisagé cette possibilité, il n'y avait aucune données claires à grande échelle d'un rapport entre approvisionnement en poisson et problèmes à terre de protection de la nature.

Brashares et ses collègues ont commencé à rassembler les pièces du puzzle en utilisant les relevés à long-terme de la chasse et du déclin de la faune sauvage recueillis par les gardes des réserves naturelles au Ghana.

Les scientifiques rapportent que la biomasse de 41 espèces de carnivores, d'herbivores et de primates dans six réserves naturelles du pays a chuté de 76 pour cent de 1970 à 1998.

De 1976 à 1992, Brashares et ses collègues ont observé que le nombre de chasseurs de viande de brousse signalés dans cinq réserves naturelles augmentait quand l'approvisionnement en poisson baissait dans la région. De plus, les ventes de viande de brousse dans douze marchés ruraux ont crû lorsque ce même apport en poisson y a décliné. Pris ensemble, ces résultats suggèrent que les gens se tournent vers la viande de brousse les années où le poisson vient à manquer.

Les chercheurs rapportent aussi que l'apport de la pêche et le déclin de la faune sauvage étaient plus étroitement liés dans les réserves proches de la côte, un résultat qui renforce encore le lien entre approvisionnement en poisson et commerce de la viande de brousse. Comme près de la moitié des 20 millions de ghanéens vivent à moins de 100 km des côtes, les pertes d'emplois et de revenus dus à une moindre activité de la pêche poussent les gens à chasser la viande de brousse pour se nourrir et gagner de l'argent concluent les auteurs.

Les auteurs proposent la tâche, difficile du point de vue écologique et politique, d'établir une autre source d'approvisionnement en protéine en Afrique de l'Ouest. Ils suggèrent aussi d'accroître la taille, le nombre et la protection des réserves naturelles au Ghana et dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest. Ces mesures n'offriront peut-être pas une solution à long terme aux problèmes de la subsistance des personnes et à leur apport en protéines, mais elles offrent probablement le moyen le plus immédiat de ralentir le déclin catastrophique de la faune sauvage selon les auteurs.

Dans un article « Review » publié dans le même numéro de Science, William Adams de l'Université de Cambridge au Royaume-Uni et ses collègues s'attardent plus précisément sur les relations entre protection de la diversité et éradication de la pauvreté. Avec l'espoir de mieux faire comprendre le sujet, ils exposent quatre point de vue différents qu'ont les gens et les organismes sur ces relations.

« Le plus grand défi est de permettre à la société humaine de pouvoir profiter de son potentiel et partager les fruits de sa croissance économique en maintenant une biosphère qui non seulement assure toutes ses fonctions écologiques mais garde aussi sa biodiversité » résument les auteurs dans leur article de revue.

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« Bushmeat Hunting, Wildlife Declines, and Fish Supply in West Africa », de J. S. Brashares et A. Balmford de l'Université de Cambridge, à Cambridge au Royaume-Uni ; J. S. Brashares est aussi à l'Université de Californie à Berkeley en Californie ; P. Arcese et A. R.E. Sinclair sont à l'Université de Colombie Britannique à Vancouver au Canada ; M. K. Sam est à la Forestry Commission du Ghana, Wildlife Division à Accra au Ghana ; P. B. Coppolillo est à la Wildlife Conservation Society dans le Bronx à New York.

« Biodiversity Conservation and the Eradication of Poverty » de W. M. Adams et B. Vira de l'Université de Cambridge à Cambridge au Royaume-Uni ; R. Aveling et B. Dickson sont au Fauna & Flora International à Cambridge au Royaume-Uni ; D. Brockington est à l'Université d'Oxford, Royaume-Uni, D. Roe à l'International Institute for Environment and Development à Londres, Royaume-Uni et W. Wolmer à l'Université de Sussex au Royaume-Uni.

L'American Association for the Advancement of Science (AAAS) est la plus grande société scientifique du monde et édite la revue Science (www.Sciencemag.org). L'AAAS, fondée en 1848, est au service de 10 millions de personnes au travers de 265 sociétés et académies des Sciences affiliées. Science est la revue générale scientifique à comité de lecture la plus vendue dans le monde, avec un lectorat total estimé à un million de personnes. L'AAAS (www.aaas.org), à but non lucratif, est ouverte à tous et remplit sa mission de « faire avancer la Science et de servir la société » par le biais notamment d'initiatives dans les politiques scientifiques, de programmes internationaux et de l'éducation scientifique. Pour les dernières nouvelles de la recherche scientifique, visitez Eurekalert !, www.eurekalert.org, le premier site web d'actualités scientifiques qui est aussi un service fourni par l'AAAS.


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