[ Back to EurekAlert! ] 18 mars 2004

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American Association for the Advancement of Science

Le nombre d'espèces de plantes, d'oiseaux et de papillons s'amenuise au Royaume-Uni, indique un rapport de recherche publié dans la revue Science

Les résultats étayent la thèse de la « sixième extinction », déclarent les auteurs

Deux nouvelles études sur la faune et la flore du Royaume-Uni apportent les premières preuves détaillées que la diversité des espèces est en phase de déclin au Royaume-Uni. Les résultats obtenus sous-tendent l'hypothèse selon laquelle le monde connaît aujourd'hui une extinction massive égale aux cinq autres extinctions massives qui ont ponctué l'histoire de la vie.

Jusqu'à présent, cette hypothèse reposait sur des données représentant une partie relativement limitée des plantes et des animaux de la planète. Les informations sur les populations d'insectes, qui représentent environ 50 % de toutes les espèces connues, étaient particulièrement peu abondantes.

" Une des lacunes évidentes de ce débat était le fait que l'on procédait à une incroyable extrapolation fondée sur les meilleures preuves disponibles à l'époque ", déclare l'auteur, Jeremy Thomas, du Natural Environment Research Council (NERC) Centre for Ecology and Hydrology (Centre du Conseil de recherche sur l'environnement naturel pour l'écologie et l'hydrologie) de Dorchester.

Les deux rapports, pour lesquels ont été utilisées des données recueillies par des scientifiques et des milliers de bénévoles qui ont battu la campagne britannique, offrent désormais un recensement précis de la plupart des espèces sauvages du Royaume-Uni. Les études ont paru dans la revue Science, publiées par l'AAAS, organisation scientifique à but non lucratif.

" Ces résultats sont, de loin, les estimations les plus détaillées que nous ayons sur la baisse de la répartition de nombreuses espèces de plusieurs groupes importants d'organismes ", y indique Andrew Sugden, expert en écologie et directeur-rédacteur en chef international de Science.

Pour leur rapport, Jeremy Thomas et ses collègues ont analysé six études couvrant quasiment toutes les populations indigènes de plantes, d'oiseaux et de papillons du Royaume-Uni au cours des 40 dernières années. Bien que les résultats varient d'une espèce à une autre, sur l'ensemble, chaque groupe d'organismes enregistre une certaine baisse globale.

Les auteurs ont découvert que les papillons étaient particulièrement touchés. Sur 20 ans, environ 70 % de la totalité les espèces de papillons au Royaume-Uni ont enregistré une baisse de leur nombre allant, pour certaines espèces, d'un petit nombre de disparitions régionales à une extinction au niveau national pour quelques autres.

Dans l'ensemble, ces insectes ont disparu de 13 %, en moyenne, des zones qu'ils occupaient auparavant, indiquent les auteurs dans leur rapport.

" C'est exactement l'inverse de ce que l'on pensait il y a 20 ans, c'est-à-dire que les insectes étaient beaucoup plus résistants parce qu'ils pouvaient voler et se déplacer. Cela change nos priorités au Royaume-Uni ", déclare Jeremy Thomas.

S'il s'avère que les papillons sont représentatifs de tous les insectes, " le monde connaît alors actuellement l'extinction que de nombreuses personnes avaient suggérée et dont elles parlaient depuis des années ", explique Jeremy Thomas.

Pour chacun de ces trois types d'organismes, Jeremy Thomas et ses collègues ont analysé un ensemble de données démographiques recueillies il y a 20 à 40 ans et un autre ensemble de données recueillies plus récemment. Pour tous les ensembles de données, les chercheurs ont divisé la Grande-Bretagne en carrés de dix kilomètres de côté et ont enregistré le nombre d'espèces repérées au moins une fois dans chaque carré.

Un tiers de toutes les espèces enregistrées a disparu d'au moins un des carrés qu'elles occupaient il y a 20 à 40 ans. Ce groupe comprend 70 % des espèces de papillons ainsi que 28 % des espèces de plantes indigènes et 54 % des espèces d'oiseaux indigènes.

Avec de tels résultats, il devrait être " plus difficile pour les responsables des politiques et les décideurs de repousser l'idée que les taux d'extinction sont bien réels lorsqu'ils en verront les preuves ", déclare Jeremy Thomas. " Cela renforce les arguments de ceux qui se battent pour établir des politiques au niveau national et mondial destinées à limiter l'incidence de l'homme sur l'environnement ".

Dans un deuxième rapport, Carly Stevens, étudiante en doctorat à The Open University à Milton Keynes qui travaille au NERC Centre for Ecology and Hydrology à Huntingdon, et ses collègues ont déterminé que la pollution à l'azote est la raison la plus probable de la perte de richesse des espèces des prairies dans certaines parties du Royaume-Uni, voire dans d'autres régions d'Europe.

Des excédents d'azote peuvent faire en sorte que certaines espèces, particulièrement les graminées, poussent rapidement et envahissent ou fassent de l'ombre à leurs voisins. L'azote se dépose de l'atmosphère par suite de l'usage d'engrais agricoles et de la combustion de combustibles fossiles, particulièrement des échappements des véhicules.

" Lorsque des espèces disparaissent en raison de la pollution ou de la fragmentation de l'habitat, ce sont souvent les espèces indigènes qui disparaissent les premières ", explique le coauteur du rapport, Nancy Dise, de The Open University à Milton Keynes et de Villanova University aux États-Unis.

" Il peut s'agir d'insectes rares et en voie de disparition, ou bien de plantes dont les vertus médicinales n'ont pas encore été exploitées, ou encore de simples fleurs sauvages ou papillons qui font de nos collines un vrai plaisir pour les yeux. Il se peut que ce soit aussi tout simplement les membres visibles de tout un écosystème en fonctionnement qui se dégrade lentement ".

" Nous ne savons quelle sera l'ampleur des conséquences pour la perte indirecte d'autres espèces qui dépendent de ces espèces particulières de plantes. Les résultats que nous avons obtenus appuient l'idée qu'il faudrait réduire la pollution, et rapidement ", ajoute Carly Stevens.

Carly Stevens et ses collègues ont enregistré la présence et l'abondance d'espèces de plantes dans 68 prairies Agrostis-Festuca au Royaume-Uni. Ces prairies composent une grande partie des prairies de pâturages pour les moutons que l'on retrouve au Royaume-Uni, ainsi qu'en Europe, en Australie et en Amérique du Nord.

Les chercheurs ont ensuite analysé vingt facteurs environnementaux différents pour déterminer lesquels permettraient le mieux d'expliquer la variabilité de la richesse des espèces d'un endroit à un autre.

Les résultats qu'ils ont obtenus ont révélé que l'effet des dépôts d'azote peut être à l'origine de plus de la moitié des variations dans la richesse des espèces de plantes. La relation est linéaire, ce qui signifie que chaque quantité supplémentaire d'azote déposée sur un lieu pendant de nombreuses années correspond à une baisse proportionnelle de la richesse des espèces.

Les auteurs estiment que les prairies Agrostis-Festuca recevant une quantité moyenne de dépôts d'azote au Royaume-Uni ou en Europe centrale peuvent déjà avoir perdu plus de 20 % de la richesse de leurs espèces. Bien que le taux de dépôt d'azote commence à baisser dans de nombreuses régions d'Europe et d'Amérique du Nord, le rétablissement sera probablement très lent, s'accordent à dire les scientifiques.

" Les données suggèrent qu'il a fallu environ 40 ans de dépôts importants d'azote pour arriver à ce stade ; il faudra donc probablement du temps pour que les espèces reviennent ", déclare Nancy Dise. " Et il est possible que certains de ces changements soient irréversibles ".

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Les auteurs ayant collaboré avec Jeremy Thomas sont : M.G. Telfer, D.B. Roy et C.F. Preston du NERC Centre for Ecology and Hydrology à Cambridgeshire (M.G. Telfer est actuellement en poste à RSPB à Sandy Beds), J.J.D. Greenwood du British Trust for Ornithology à Norfolk, J. Asher et R. Fox du Butterfly Conservation à Dorset, R.T. Clarke du NERC Centre for Ecology and Hydrology à Dorchester et J.H. Lawton, directeur général du NERC à Swindon, et maître de conférences à l'Imperial College d'Ascot. L'étude a été cofinancée par le NERC et par une bourse de recherche " MacMan " RTD de la Commission européenne.

Les auteurs ayant collaboré avec Carly Stevens sont : Nancy B. Dise de The Open University à Milton Keynes et de la Villanova University, à Villanova, Pennsylvanie, aux États-Unis, J. Owen Mountford du NERC Centre for Ecology and Hydrology à Huntingdon et David J. Gowing de The Open University à Milton Keynes. Le financement a été assuré par The Open University, Ferguson Trust et le Centre for Ecology and Hydrology.

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