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Une équipe de chercheurs internationale a analysé la composition du soufre et du fer dans les poutres en bois du Mary Rose, un bateau de guerre anglais qui a fait naufrage en 1545 et a été sorti de l'eau il y a seulement 20 ans. Cette équipe a utilisé les rayons X du Laboratoire de Rayonnement Synchrotron de Stanford (SSRL) aux Etats-Unis et de l'Installation Européenne de Rayonnement Synchrotron (ESRF) en France afin de déterminer la composition chimique des importantes quantités de soufre et de fer retrouvées – de façon surprenante – dans le bateau. Ces nouveaux résultats donnent une idée de l'état du vaisseau et devraient faciliter sa conservation. Ils sont publiés cette semaine dans l'édition en ligne de la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences).
Pendant 35 ans, Le Mary Rose a été l'un des principaux vaisseaux de guerre du roi d'Angleterre Henry VIII jusqu'à ce qu'il coule près de Portsmouth en 1545. En 1982, la coque a été sortie de l'eau et elle est maintenant en cours de restauration. L'auteur principal de la publication, Magnus Sandström, ainsi que ses collègues ont récemment montré, grâce à l'étude du bateau de guerre suédois le Wasa, resté sous l'eau pendant 333 ans, que l'accumulation de soufre est fréquente dans les épaves qui sont restées longtemps dans l'eau de mer. Ces recherches ont permis de conclure que le soufre se transformait en acide sulfurique au contact de l'oxygène, ce qui détériore la qualité du bois, fragilise la coque et pose donc des problèmes de conservation.
Les auteurs ont étudié le Mary Rose afin d'évaluer le danger potentiel dû à la présence du soufre. Ils ont découvert environ deux tonnes de soufre dans différents composés répartis de façon uniforme dans les 280 tonnes de la coque. Pour déterminer les différentes espèces de soufre présentes dans le bois, les scientifiques ont d'abord effectué leurs expériences à SSRL, mais l'équipe avait besoin d'informations complémentaires pour arriver à connaître la position précise, à l'échelle du micron, des différentes espèces de soufre. Les chercheurs sont donc venus à l'ESRF sur la ligne de lumière ID21 qui permet de déterminer les différentes espèces chimiques à l'échelle microscopique. En étudiant de fines tranches de bois coupées perpendiculairement à la paroi des cellules, ils ont trouvé d'importantes concentrations de composés organo-soufrés dans les parties riches en lignite entre les cellules, ce qui pourrait avoir contribué à la conservation du bateau pendant qu'il était sous l'eau. Ceci a également permis de comprendre comment les différents composés du soufre peuvent se retrouver en contact avec l'oxygène et comment ils réagissent à ce contact.
On a également retrouvé du fer et de la pyrite dans le Mary Rose, ce qui est inquiétant car, dans les atmosphères humides, les ions du fer peuvent catalyser la transformation du soufre en acide sulfurique en présence d'oxygène. Les auteurs concluent que des traitements chimiques sont nécessaires pour la conservation à long terme du navire. Ces traitements doivent supprimer ou stabiliser les composés résiduels de fer et de soufre, tout en réduisant l'humidité et le contact du soufre avec l'oxygène.
Les membres du Trust Mary Rose sont d'ores et déjà à la recherche de tels traitements. Pour freiner la réaction d'oxydation organo-soufrée et empêcher de nouvelles formations d'acide, les échantillons de bois du Mary Rose sont traités avec des antioxydants combinés avec du polyéthylène glycol (PEG) à des taux de concentration plus ou moins élevés. Une autre approche permettant de ralentir la formation d'acide dans des bois archéologiques traités avec le PEG consiste à maintenir ces bois dans une atmosphère stable. On espère qu'en respectant un taux d'humidité constant à 50-55 %, sans variation de température, les modifications des spéciations de souffre seront stoppées. De même, effectuer un traitement de surface devrait permettre de maintenir un microclimat stable dans la structure du bois, bien que l'efficacité de cette solution reste encore à prouver.
« Les recherches en cours sont considérées comme une avancée importante dans le programme de traitement de la coque du Mary Rose » explique Mark Jones, le conservateur du Mary Rose.