[ Back to EurekAlert! ] PUBLIC RELEASE DATE: 3 mars 2004
Alexandra Morton
250-949-1664

Les chercheurs des sciences aquatiques ne s'entendent pas sur le rôle du pou de poisson dans le déclin des stocks de saumon autochtone en Colombie-Britannique

Ottawa, le 2 mars 2004 – Il est possible que les piscicultures de saumon en Colombie-Britannique constituent une menace pour les stocks de saumon sauvages, d'après un article publié aujourd'hui dans le Journal canadien des sciences halieutiques et aquatiques. Selon les données présentées dans l'article, les poissons autochtones de l'échantillon prélevé près des piscicultures étaient davantage infestés du pou de poisson parasite. L'auteure principale, Alexandra Morton, une biologiste agréée qui effectue de la recherche à son compte, croit que les parasites se multiplient au sein des piscicultures et sont par la suite transmis au saumon autochtone juvénile, entraînant les récents déclins très importants des populations sauvages. "Si nous n'intervenons pas, nous allons sans aucun doute assister à la disparition du saumon sauvage", a affirmé Mme Morton.

Mme Morton a surveillé les niveaux d'infestation par le pou du poisson (qui n'a aucun lien avec le pou qui infeste les humains), un parasite du milieu qui s'attaque au saumon seulement, sur le saumon rose et le saumon kéta juvéniles dans l'archipel Broughton de la Colombie-Britannique, une chaîne d'îles entre la côte continentale et le partie nord de l'île de Vancouver. Elle a par la suite comparé les taux d'infestation dans des sites proches et éloignés des piscicultures.

"Nous avons relevé trois cas de pou du poisson dans un échantillon de 1 018 saumons juvéniles à l'extérieur de l'archipel Broughton. À l'intérieur de l'archipel Broughton" – où se trouvent 28 piscicultures de saumon de l'Atlantique – "nous avons relevé 4 338 membres de cette espèce de pou du poisson sur 1 138 saumons", soit mille fois plus, a signalé Mme Morton. D'après son étude, 90 pour cent du saumon sauvage juvénile avait des niveaux d'infestation qui pouvaient s'avérer mortels.

Mme Morton croit que l'infestation des jeunes saumons autochtones a lieu lorsque ces derniers passent près des piscicultures durant leur migration de l'eau douce à l'océan.

Mme Morton a déclaré que, pour préserver les stocks de saumon autochtone, "il faut séparer le poisson d'aquaculture du poisson sauvage. Il y a d'autres technologies qui permettent aux aquaculteurs d'élever le poisson dans des installations qui comportent une barrière pour le milieu marin". Une telle barrière empêcherait le transfert de maladies et de parasites entre le poisson d'aquaculture et le poisson sauvage.

En raison des préoccupations au sujet des effets possibles des poux sur le poisson autochtone, 11 des 27 piscicultures de saumon de l'Atlantique dans l'archipel Broughton ont été fermées durant la migration du saumon rose en 2003 (une pratique semblable à la mise en jachère). "Il s'agissait d'une perte économique importante pour les pisciculteurs", a indiqué Mme Morton. Mais cette mesure n'a pas réglé le problème entièrement. "Il y avait encore 20 pour cent du poisson qui était infesté et les pisciculteurs ne peuvent pas répéter leur geste cette année."

Scott McKinley, professeur et chercheur principal en zootechnie à l'Université de la Colombie-Britannique et directeur exécutif scientifique à AquaNET, un réseau national de centres d'excellence en recherche sur l'aquaculture et l'environnement dont le mandat est de favoriser le développement d'un secteur aquacole durable au Canada, s'objecte aux conclusions de Mme Morton. Il avance que rien n'indique que le déclin du poisson autochtone soit imputable à la pisciculture.

"Quelle que soit la population halieutique, une ou deux années de relevés ne constituent pas une tendance… Il y a déjà eu des déclins importants de saumon rose et ils sont survenus avant la mise en place des piscicultures", a signalé M. McKinley. "Il n'existe pas d'étude publiée qui démontre un lien de cause à effet entre le pou du poisson, d'une part, et le saumon d'aquaculture et le saumon sauvage, d'autre part… Tous les travaux que l'on trouve reposent sur des corrélations."

D'après M. McKinley, d'autres explications des fluctuations des stocks de poisson sauvage sont également plausibles. Par exemple, la diminution radicale des populations pourrait être le fruit d'une pénurie des ressources disponibles ou d'une pêche excessive. Des fluctuations de la température de l'eau à l'échelle mondiale, comme celles causées par El Niño, pourraient nuire à la santé du saumon et lui imposer du stress. "Si le poisson est affaibli ou stressé sur le plan de sa santé générale, il a tendance à être plus vulnérable à l'infestation par des parasites."

Les pressions exercées par les groupes environnementalistes au sujet du pou du poisson obligent le secteur aquacole à faire des sacrifices fondés sur de l'information inadéquate, a indiqué M. McKinley. Il a signalé que, dans l'archipel Broughton, "les piscicultures ont été laissées en jachère à cause des pressions des environnementalistes qui croyaient que le pou du poisson était une menace. Bien que ces craintes ne s'appuient pas sur des données scientifiques, les pisciculteurs ont collaboré et ont probablement perdu beaucoup d'argent".

Mme Morton avance que des infestations similaires du pou du poisson jumelées à des déclins du saumon autochtone survenus en Norvège, en Écosse et en Irlande corroborent ses résultats. « En Norvège, il y a une réglementation rigoureuse visant la densité de poux chez le poisson d'aquaculture.

Toutefois, M. McKinley a souligné que la situation environnementale en Europe est différente de celle en Colombie-Britannique et il nous met en garde contre des extrapolations à l'échelle mondiale. Il a indiqué qu'AquaNET, de concert avec d'autres chercheurs canadiens et étrangers, prévoit étudier l'effet du pou du poisson sur le saumon sauvage et d'aquaculture, et mener des analyses des risques associés à divers traitements contre les poux.

Mme Morton insiste : si on reporte l'adoption de mesures réglementaires, il pourrait y avoir de graves conséquences pour le saumon sauvage. "Les chercheurs norvégiens m'ont dit qu'ils avaient prévu que le problème se manifesterait sur la côte du Pacifique, et qu'il y aurait de bonnes années et de mauvaises années pour ce qui est de l'infestation du pou du poisson, mais qu'en bout de ligne nous allions perdre nos stocks sauvages. Cela me semble évitable. Le saumon sauvage est un élément essentiel de l'écologie et nous disposons de solutions de rechange."

Le Journal canadien des sciences halieutiques et aquatiques est une revue scientifique au contenu avéré. Il est publié par les Presses scientifiques du CNRC.

Pour consulter l'article, veuillez vous rendre à l'adresse électronique suivante: http://pubs.nrc-cnrc.gc.ca/cgi-bin/rp/rp2_tocs_e?cjfas_cjfas2-04_61.

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Personnes-ressources:
Alexandra Morton
Raincoast Research
250-949-1664
250-902-1664

Scott McKinley
Université de la Colombie-Britannique
AquaNet
604-666-1298 (AquaNet)
604-666-5199


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