[ Back to EurekAlert! ] À NE PAS DIFFUSER AVANT 14 h 00, heure de l'Est des États-Unis Jeudi 18 septembre 2003

Contact: Ginger Pinholster
gpinhols@aaas.org
202-326-6421
American Association for the Advancement of Science

Christina Smith
ccsmith@aaas.org
202-326-7088
American Association for the Advancement of Science

Guinée-zilla? Le plus gros rongeur du monde serait un ancêtre du cochon d'Inde

Un rongeur géant, pratiquement de la même taille qu'un bison, qui vivait sur les rives d'un ancien fleuve du Venezuela au milieu des crocodiles il y a quelque 8 millions d'années en se nourrissant de zostères marines, était un ancêtre du cochon d'Inde des temps modernes.

Le plus gros rongeur qui ait jamais vécu sur terre, Phoberomys pattersoni, pesait près de 700 kilos - soit 10 fois plus que le capyraba, le "poids lourd" des rongeurs actuels avec un poids de 50 kilos.

"Imaginez un étrange cochon d'Inde, mais énorme, avec une longue queue qui lui sert à se maintenir en équilibre sur ses pattes arrière et des dents qui n'arrêtent pas de pousser", explique Marcelo R. Sánchez-Villagra de l'Université de Tübingen en Allemagne. "C'était un animal semi-aquatique, comme le capybara, qui vivait probablement sur les berges des fleuves."

Les restes fossilisés de cette créature ancienne - décrits dans le numéro du 19 septembre 2003 de la revue Science publiée par l'association scientifique AAAS - offrent de nouveaux indices rares et fascinants sur la période du Miocène supérieur dans le Nord-Ouest du Venezuela.

Découverts dans une région aujourd'hui aride à 400 kilomètres de Caracas, dans la ville d'Urumaco, le fossile et les traces de plantes associées suggèrent un paysage tropical luxuriant, riche en tortues géantes, poissons-chats et crocodiles. L'article de Science semble donc étayer la théorie selon laquelle un grand fleuve appelé Paleo-Orinoco-Amazone longeait jadis la chaîne montagneuse des Andes et traversait Urumaco, dans l'État de Falcon, au nord-est de la mer des Caraïbes.

"Le Nord-Est du Venezuela détient la clé de nombreux mystères qui subsistent sur la paléontologie et l'évolution animale", déclare Sánchez-Villagra. "Mais on en sait très peu sur cette région parce que les zones couvertes de végétation ne sont pas l'endroit idéal où chercher des fossiles. La plupart des fossiles ont été découverts dans le Sud de l'Amérique du Sud. Ces travaux marquent un pas en avant et élargissent notre connaissance générale du continent sud-américain."

Pourquoi ces rats de la taille d'un bison ont-ils disparu ? Et pourquoi le Phoberomys pattersoni avait-il atteint de telles proportions ?

R. McNeill Alexander de l'Université de Leeds, auteur d'un essai connexe Perspectives dans Science, note la relation entre la posture et la taille de divers animaux : la souris minuscule, par exemple, avance les pattes ramassées sous elle, alors que l'éléphant a tendance à garder les pattes relativement droites. "Le fossile du rongeur géant soulève d'intrigantes questions sur l'influence de l'évolution sur la taille", ajoute Alexander. La cause de l'extinction du Phoberomys reste une énigme. Mais Alexander souligne que les petits mammifères comme les rongeurs échappent généralement aux prédateurs en se réfugiant sous terre. "Les gros mammifères, trop gros pour s'enfouir sous terre, peuvent en général trouver refuge dans la fuite", explique-t-il. "Les ongulés - avec leurs longues pattes, leurs sabots légers et leurs longs tendons élastiques -- semblent parfaitement adaptés pour ça. Les gros rongeurs étaient-ils trop lents pour survivre ?"

Surnommé "Goya", le fossile complet à 90 % du Phoberomys pattersoni était emprisonné dans des couches sédimentaires de schiste brun et de charbon dans la formation d'Urumaco. Il a été découvert par une équipe de chercheurs dirigée par Orangel Aguilera de l'Universidad Nacional Experimental Francisco de Miranda au Venezuela, coauteur de l'article paru dans Science. L'équipe citée dans Science comprend également Inés Horovitz, de l'Université de Californie à Los Angeles.

Les chercheurs ont découvert le fossile au milieu du mois de mai 2000 mais ne l'avaient jamais classifié de manière précise jusqu'à présent. Ils supposaient qu'il aurait pu être apparenté à divers autres rongeurs comme le chinchilla, la viscache ou le pakarana. En examinant le fossile Goya et un autre spécimen au crâne mieux préservé, les auteurs ont pu déterminer que le Phoberomys pattersoni était apparenté au pakarana Dinomys - un proche parent du cochon d'Inde (Cavia porcella).

Avec quelque 3 mètres de long et 1,3 mètre de haut, le Phoberomys pattersoni avait de longues dents indiquant qu'il se nourrissait d'aliments abrasifs, comme les herbes qui poussent dans les eaux saumâtres. Son arrière-train et ses pattes arrière étaient beaucoup plus gros et plus puissants que ses pattes avant plus fines, comme le cochon d'Inde. Mais le cochon d'Inde contemporain ne pèse qu'un kilo environ.

Les deux créatures appartiennent à une radiation diverse de rongeurs sud-américains appelée Caviomorpha. Aujourd'hui, ce groupe de rongeurs pèse entre 200 grammes et 50 kilos.

Andrew Sugden, expert en biologie évolutive et directeur-rédacteur en chef de Science International, estime que ces travaux marquent un grand pas en avant dans ce domaine : "Tout d'un coup, ce rongeur géant fait plus que doubler la fourchette des tailles de cette remarquable famille d'animaux et offre un regard fascinant sur la vie il y a quelque 8 millions d'années", dit-il.

Jusqu'à la formation d'une langue de terre (l'isthme de Panama) reliant l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud il y a quelque 3 millions d'années, l'Amérique du Sud était restée une île pendant des dizaines de millions d'années, explique Sugden. Les animaux sud-américains ont donc évolué dans une situation d'isolement relatif, et le continent abritait des représentants géants de divers groupes de mammifères dont certains ont survécu jusqu'à l'arrivée de l'homme.

Les recherches menées au Venezuela ont été financées en partie par la National Geographic Society et l'Université de Tübingen. L'Institut de recherche tropicale de la Smithsonian et l'Universidad Nacional Experimental Francisco de Miranda (UNEFM) ont financé les travaux d'Aguilera sur le terrain et en laboratoire.

###

Fondée en 1848, l'American Association for the Advancement of Science (AAAS) contribue au progrès scientifique pour le bien-être de l'homme dans le cadre de projets, programmes et publications, dans les domaines de la politique scientifique, de l'enseignement des sciences et de la coopération scientifique internationale. L'AAAS, avec sa revue Science, compte près de 140 000 individus et institutions parmi ses membres et abonnés, à quoi s'ajoutent 272 organisations affiliées dans plus de 130 pays, ce qui représente une audience de 10 millions de personnes. À ce titre, l'AAAS est la plus grande fédération générale de scientifiques du monde. Science est une revue hebdomadaire indépendante, pluridisciplinaire, dont les articles sont revus et approuvés par des pairs, et qui figure parmi les plus prestigieuses publications scientifiques du monde. Le Postdoc Network, qui fait partie du site web de mentorat professionnel de Science, Next Wave, (http://nextwave.sciencemag.org/pdn) offre une tribune d'échange pour les personnes désirant améliorer leur expérience post-doctorale. L'AAAS administre EurekAlert! (http://www.eurekalert.org), un service d'information en ligne sur les dernières découvertes scientifiques et technologiques.

NOTE AUX MÉDIAS : Une rencontre avec la presse sur ces recherches, exclusivement réservée aux journalistes, aura lieu à 11 h 00 le jeudi 18 septembre à Londres, au Science Media Centre, 21 Albermale Center. Toutes les informations communiquées à cette occasion ne devront impérativement pas être diffusées avant 19 h 00 heure de Londres / 20 h 00 heure de Paris et Berlin / 14 h 00 heure de l'Est des États-Unis le 18 septembre. L'inscription préalable est requise. Prière de contacter Christina Smith au 202-326-7088 ou à l'adresse électronique ccsmith@aaas.org ; ou Ginger Pinholster à gpinhols@aaas.org. Pour connaître l'accès au lieu de cette rencontre, veuillez consulter la page http://www.sciencemediacentre.org/findus.htm.


[ Back to EurekAlert! ]