[ Back to EurekAlert! ] PUBLIC RELEASE DATE: À NE PAS DIFFUSER AVANT 14 h 00, heure de l’Est des E.U. Jeudi 27 mars 2003

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American Association for the Advancement of Science

La population de l’Europe montre une tendance toute nouvelle à se contracter, signale une étude de la revue Science

La population de l’Europe a atteint un degré de vieillissement tel qu’elle continuera probablement à se contracter, même si les taux de natalité remontent à un niveau de remplacement à parité des générations, suggère une nouvelle étude. Selon les recherches effectuées, cette tendance est due en grande partie au fait que les femmes attendent de plus en plus longtemps avant d’avoir un enfant. Cette étude est parue dans la revue Science, publiée par l’American Association for the Advancement of Science (AAAS).

L’année 2000 a marqué un tournant décisif pour la démographie en Europe, note l’équipe de chercheurs dirigée par Wolfgang Lutz, de l’Académie des sciences autrichienne, à Vienne, et de l’International Institute for Applied Systems Analysis, à Laxenburg, en Autriche.

En 2000, en effet, l’«inertie démographique», une mesure qui reflète la structure de la pyramide des âges dans une population, est devenue négative. En Europe, où les générations plus âgées sont plus importantes que les plus jeunes, l’inertie démographique négative se traduit par une réduction du nombre de mères potentielles dans les générations suivantes. Par conséquent, même si les femmes commençaient à avoir davantage d’enfants, la tendance au déclin pourrait se maintenir pendant des décennies, en raison tout simplement du nombre moins important de femmes en âge de procréer.

«Il ne s’est jamais produit d’inertie démographique négative à grande échelle dans l’histoire de l’humanité jusqu’à présent, souligne Lutz. Désormais, aller à l’encontre revient à nager à contre-courant d’un phénomène inéxorable de compression et de vieillissement de la population.»

Deux facteurs sont responsables de l’inertie démographique négative de la population en Europe. Le premier est bien connu : les femmes ont en moyenne moins de deux enfants.

Le deuxième, dont l’impact sur l’avenir n’a jamais été abordé directement jusqu’à présent, est que l’âge moyen des femmes à la maternité augmente depuis un certain temps. Cet effet «temps» est important car il entraîne une réduction du nombre de naissances pour une année donnée en augmentant l’âge moyen auquel les femmes ont des enfants.

Les chercheurs ont estimé, en s’appuyant sur les données de l’Observatoire démographique européen, l’impact potentiel de ces deux facteurs sur la démographie européenne au cours des prochaines décennies. Ils ont découvert qu’approximativement 40% des déclins démographiques futurs dus à une baisse de fécondité étaient liés aux naissances différées.

«Nous avons découvert que l’âge à la maternité peut en fait avoir un impact essentiel sur les tendances démographiques à venir», confirme le co-auteur de l’étude, Brian O’Neill, de l’International Institute for Applied Systems Analysis et Brown University.

Le taux de natalité en Europe est actuellement de 1,5 enfant par femme. Selon les auteurs de l’article de Science, après ajustement pour l’effet temps (estimation du nombre d’enfant nés au cours d’une période de temps donnée si les naissances n’étaient pas différées), le taux de natalité augmente à 1,8.

Pour mieux préciser les effets futurs de changements dans les taux de fécondité et l’âge à la maternité, les chercheurs ont supposé que d’autres facteurs potentiels iraient dans le sens de la stabilité, autrement dit que les taux de mortalité resteraient inchangés et que l’immigration serait inexistante.

«En fait, nous nous attendons à ce que l’immigration continue, mais nous voulions être en mesure de distinguer les effets de ces deux mécanismes, dont nous pensons qu’ils offrent un regard nouveau et essentiel sur la nature de la dynamique démographique. Pour mettre en évidence leur impact, il nous fallait éliminer toute autre influence, comme celle de l’immigration, de nos calculs», explique Lutz.

D’après les calculs des chercheurs, si l’âge moyen des femmes à la maternité continue à augmenter pendant encore 10 à 40 ans, on notera une tendance intrinsèque à une baisse de la population de 55 millions de personnes, pour atteindre 144 millions d’ici à 2100.

Lutz et ses collègues suggèrent que les gouvernements préoccupés par le vieillissement de la population et le risque de déclin démographique pourraient envisager d’adopter une politique qui offre aux femmes davantage d’options pour planifier l’âge auquel elles ont des enfants.

«Les choix des jeunes couples peuvent dépendre des conditions dans lesquelles ils vivent», signale Lutz.

Selon lui, un bon point de départ pourrait consister à étudier les possibilités de garde d’enfants, de nouvelles lois sur le travail, d’options de travail à temps partiel ou de logement subventionné.

«Donner plus de choix aux femmes n’est pas toujours évident, souligne-t-il. Cela implique la transformation d’un plan de carrière jusqu’alors structuré autour du modèle masculin, sans coupures pour la maternité. Ce type de plan de carrière calqué sur le modèle masculin doit changer.»

«Dans les différentes options définies jusqu’à présent pour gérer le vieillissement de la population et son déclin potentiel, un point n’a jusqu’à présent pas été pris en considération: il peut y avoir des avantages démographiques et sanitaires à offrir aux femmes davantage d’options pour planifier leur vie et choisir le moment de la maternité», souligne O’Neill.

Selon Lutz et ses collègues, le déclin démographique continu de l'Europe et la tendance au vieillissement ne manqueront pas de taxer les systèmes de sécurité sociale et de retraite. Ils postulent également que ces tendances risquent d'entraîner un ralentissement des gains de productivité, ce qui affecterait à long terme la compétitivité à l'échelle mondiale de l'Europe et sa croissance économique.

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Lutz a pour co-auteurs Brian C. O’Neill de l’International Institute for Applied Systems Analysis de Laxenburg, en Autriche, et de Brown University, à Providence, Rhode Island, aux États-Unis, ainsi que Sergei Scherbov de l’Académie des sciences autrichienne, à Vienne, en Autriche, et de l’International Institute for Applied Systems Analysis de Laxenburg, en Autriche.


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