NE PAS DIFFUSER AVANT 14 heures (côte est des États-Unis) Jeudi 14 octobre 1999

La découverte récente d'un primate primitif appuie la thèse de l'origine asiatique des anthropoïdes d'après le numéro du 15 octobre du magazine Science

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L'idée que l'ancêtre de tous les singes vivait en Asie plutôt qu'en Afrique se trouve étayée par la découverte au Myanmar de dents et de fragments de mâchoires fossiles, vieux de 40 millions d'années et provenant d'une nouvelle espèce de primates anciens. Cette nouvelle espèce, baptisée Bahinia pondaungensis dans le numéro du 15 octobre de Science est aussi capable d'apporter des éclaircissements àla question de savoir quel type de primate constituait le prédécesseur probable du groupe de singes/simidés ainsi considéré.

Ce sont des chercheurs appartenant au Projet franco-myanmar d'expédition àPondaung, sous la conduite de M. Jean-Jacques Jaeger de l'université de Montpellier en France qui ont découvert les fossiles de Bahinia dans une couche d'argile rouge aux côtés d'une mâchoire inférieure complète venant d'un primate plus avancé appelé Amphipitecus. Selon Jaeger et ses collègues, les deux espèces, Amphipitecus et Bahinia appartiennent au groupe de primates appelés anthropoïdes, qui englobe tous les singes, aussi bien fossiles qu'actuellement existants. Les anthropoïdes se distinguent des types de primates d'aspect plus primitif comme les lémurs (ainsi que des espèces apparentées disparues) par un certain nombre de caractéristiques anatomiques. Le groupe de recherche espère tirer du travail de détective qu'il fait sur les Bahinia des ressources lui permettant de résoudre un problème de longue date affectant la paléontologie des primates, àsavoir où, àquelle date, et quelle espèce peut-on attribuer l'origine des touts premiers anthropoïdes.

De nombreux anthropoïdes anciens ont été découverts, la plupart en Egypte où un site appelé le Fayoum a fourni une variété d'espèces de primates d'une complexité étonnante. Ces découvertes ont alimenté les spéculations scientifiques soutenant que l'Afrique, déjàconnue pour être le berceau de l'espèce humaine, était aussi la patrie ancestrale des anthropoïdes. Cependant, au cours des années récentes, les anthropoïdes asiatiques sont venus se joindre aux rangs des fossiles envisagés, grâce àdes découvertes en Thaïlande, en Chine et au Myanmar. L'âge des fossiles asiatiques les place dans la période allant du milieu àla fin de l'éocène (de 49 à33 millions d'années avant notre ère); on y dénombre certains anthropoïdes de l'aspect le plus primitif qui ait jamais été découvert. Pour une espèce en particulier, un primate chinois très petit appelé Eosimias, l'aspect est si primitif que certains scientifiques doutent qu'il soit suffisamment avancé pour qu'on puisse l'appeler un anthropoïde.

L'équipe de l'expédition de Pondaung a rouvert le dossier enquêtant sur les origines des anthropoïdes après s'être penché de plus près sur les détails de la dentition de l'espèce Bahinia. Tout d'abord, les chercheurs ont trouvé une forte ressemblance entre les dents des Bahinia et celles des Eosimias, àtel point qu'ils ont décidé de placer les Bahinia dans la même famille que les Eosimias.

"Le fossile de Bahinia est important parce qu'il est beaucoup plus complet que celui d'Eosimias" a dit Jaeger. Et il a ajouté : "Disposer de matériaux fossiles supplémentaires nous a permis d'examiner des caractéristiques dentaires plus nombreuses et, grâce àces caractéristiques supplémentaires fournies par le fossile de Bahinia, nous avons pu confirmer qu'Eosimias est définitivement un anthropoïde."

Ensemble, Bahinia et Eosimias constituent les anthropoïdes les plus primitifs qui aient jamais été découverts et l'on ne rencontre ces deux espèces qu'en Asie. Jaeger et ses collègues pensent que c'est une bonne preuve qui permet, avec quelques autres découvertes de fossiles en Asie, de soutenir l'argument que les anthropoïdes ont pu avoir leur origine sur ce continent. Ceci pourrait vouloir dire que les anthropoïdes ont émigré d'Asie en Afrique àune période donnée, mais jusqu'àprésent, il n'y a pas beaucoup de preuves concrètes pour étayer cette partie de l'histoire, au dire de Jaeger.

Un autre aspect curieux des dents révélatrices de Bahinia suggère que les anthropoïdes ont pu avoir une origine beaucoup plus ancienne que ce qu'estimaient les scientifiques. Les dents fossiles récemment mises àjour présentent une combinaison de caractéristiques appartenant aux anthropoïdes et de traits présents chez des primates plus anciens et moins avancés. Cela donne àBahinia l'aspect d'un fossile vivant. "Bahinia est un fossile de 40 millions d'années qui, d'après ses dents, ressemble àun fossile de 57 millions d'années", dit Jaeger. "Ce qui rend ce fait intéressant est que l'espèce apparaît, dans le registre des fossiles, au même moment qu'un anthropoïde beaucoup plus avancé : Amphipithecus." C'est comme si vos ancêtres vivaient àvos côtés. Le mélange d'ancien et de nouveau rencontré chez Bahinia pourrait signnifier que le groupe des anthropoïdes a des racines qui s'étendent bien loin dans l'échelle des âges, peut-être atteignant la fin du paléocène (il y a 58 à55 millions d'années).

Tout en faisant remarquer que l'arrivée de l'ancêtre des anthropoïdes sur le théâtre de l'évolution a son importance mais qu'elle ne résout pas complètement le mystère de l'identité de l'ancêtre qui reste caché quelque part dans les forêts ombreuses des temps anciens, Jaeger et ses collègues estiment que le fossile de Bahinia offre toutefois des indices permettant de répondre àla question. Les fossiles de primates provenant du paléocène et de l'éocène tombent généralement dans le cadre de trois catégories principales : un groupe d'animaux appelés les adapides, un autre groupe appelé les omomyides et un troisième groupe appelé les tarsiides. Les adapides et les omomyides ont pu ressembler aux espèces actuelles de lémurs et de loris. Les tarsiides se trouvent représentés de nos jours par un genre, le Tarsius, un primate nocturne de l'Asie du sud-est qui semble former une classe intermédiaire entre les primates proches des lémurs et les primates proches des singes, groupe dans lequel figurent les humains. A un moment ou un autre, les scientifiques ont suggéré chacun de ces groupes de primates en tant que candidat probable au titre d'ancêtre dont sont issus les anthropoïdes. Les adapides, les omomyides et les tarsiides sont toujours dans la course qui doit décerner le titre d'ancêtre tandis que le débat se poursuit, avec l'addition de nouveaux fossiles et même de données génétiques recueillies sur les descendants possibles de ces trois groupes. Après avoir comparé l'anatomie dentaire de Bahinia avec des fossiles appartenant àchacun des trois groupes, les chercheurs estiment que Bahinia se rapproche le plus des tarsiers. Ils considèrent que cela représente une forte preuve à l'appui d'une origine des anthropoïdes se trouvant chez les tarsiides. "Mais il sera nécessaire d'obtenir plus de fossiles, en y incluant des crânes et des os de l'oreille si l'on veut résoudre le problème définitivement", déclare Jaeger. "C'est pourquoi nous retournons à Myanmar àla fin de l'année."

Si l'on juge d'après les normes des primates, Bahinia était un petit animal. Les chercheurs estiment que sa taille correspond àun animal de 400 grammes environ, c'est-à-dire plus ou moins la taille du plus petit des singes d'Amérique du Sud. Ces premiers anthropoïdes vivaient dans les arbres, et la forme de leurs dents, de même que leur petite taille, suggère que le Bahinia se nourrissait principalement d'insectes, comme le fait l'espèce apparentée Fosimias.

"La découverte de l'espèce Bahinia est importante parce qu'elle nous indique qu'il y avait une communauté complexe de primates vivant en Asie et qu'il y avait làun rayonnement important d'anthropoïdes, beaucoup plus tôt que quiconque ait jamais pu le penser", dit Jaeger. "Auparavant, nous n'avions pas ce genre d'information au sujet de l'Asie, seulement àpropos de l'Afrique. Maintenant, il se peut que nous ayons àchanger toute notre histoire concernant les origines et l'évolution des anthropoïdes."

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