[ Back to EurekAlert! ] Communiqué à ne pas diffuser avant 20 heures (heure de France) Jeudi 25 octobre 2001

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Science Annonce: Un Super-Crocodile Emerge du Crétacé Africain



© Michael W. Skrepnick 2001

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Voici, juste à temps pour Halloween, une créature venue du passé qui pourrait vous donner des cauchemars: un reptile ressemblant au crocodile, aussi long qu'un autobus et presque aussi lourd qu'une petite baleine, qui ferait de petits dinosaures qu'une bouchée.

Le 25 octobre, dans un rapport publié en-ligne par Science sur le site Science Express (http://www.sciencexpress.org), Paul C. Sereno, de l'Université de Chicago, et ses collègues décrivent des crânes et des morceaux de squelettes de ce géant du Niger de 110 millions d'années, Sarcosuchus imperator, qu'ils viennent de découvrir.

Les premiers spécimens de Sarcosuchus avaient été découverts en 1964 par des géologues français dans le désert du Ténéré au Niger. Depuis lors, les chercheurs avaient trouvé divers ossements autour du site, mais l'anatomie du reptile, son mode de vie et de croissance ainsi que sa parenté avec d'autres espèces de crocodiles, étaient restés largement inexplorés.

"Ces nouveaux échantillons éclaircissent le sujet des crocodiles géants : il y a eut des spéculations rampantes sur ce qu'ils étaient et quel était leur lignage, mais jusqu'à aujourd'hui, personne n'avait de morceaux de crânes et de squelettes suffisamment importants pour vraiment les connaître," a commenté Sereno.

Les chercheurs de Science ont confirmé que le super-crocodile Sarcosuchus est essentiellement caractérisé par sa massivité. C'est grâce à la longueur du crâne qu'ils ont estimé la longueur maximale du corps entre 12 et 13 mètres et le poids adulte à 8 tonnes.

Les crocodiles géants étaient recouverts de la tête au milieu de la queue d'une carapace de scutes se superposant (des plaques osseuses incluses dans la peau), portant chacune des anneaux de croissance annuelle utilisés par les chercheurs pour étudier le rythme de croissance global de ces animaux.

"De fines sections de scutes prélevées sur le fossile d'un spécimen ayant atteint 80 pourcent de sa taille adulte présumée, comprend environ 40 anneaux de croissance, ce qui signifierait que ces animaux mettaient 50 à 60 ans pour atteindre leur taille finale," a annoncé l'équipe de Science.

"Cette surprenante longévité, inhabituelle pour un crocodile, laisse à penser que Sarcosuchus parvenait à ses proportions de mammouth en allongeant la durée de sa période de croissance, plutôt qu'en accélérant son rythme de croissance comme de nombreux autres dinosaures ou comme une autre créature géante ressemblant à l'alligator, Deinosuchus," a ajouté Sereno.

Les crânes de Sarcosuchus découverts montrent de longs museaux, représentant environ 75 pourcent de la longueur totale du crâne, et relativement larges comparés aux museaux en pointe des gharial actuels (un crocodile moderne originaire d'Inde) et d'autres crocodiles au museau étroit tels que Pholidosaurus et Terminonaris.

D'après le rapport de Science, certains caractères du crâne et des mâchoires lient Sarcosuchus à Pholidosaurus et Terminonaris dans l'arbre généalogique des reptiles. Cependant, contrairement a Pholidosaurus et Terminonaris découverts dans des depôts marins, les fossiles de Sarcosuchus proviennent de dépôts de rivières situées à environ 160 kilomètres des côtes de l'époque.

Ces deux cousins crocodiles étaient également des carnivores stricts, alors que l'anatomie de Sarcosuchus prédirait un régime plus varié. Sarcosuchus possédait une mâchoire en avant, la mâchoire supérieure faisant saillie au-dessus des dents frontales de la mâchoire inférieure. L'ensemble des dents de la mâchoire inférieure se loge derrière la rangée des dents de la mâchoire supérieure au moment de la morsure, au lieu de s'emboîter, comme les dents d'un animal se nourrissant uniquement de poisson. La plupart des dents du Sarcosuchus sont elles-mêmes fortes, lisses et arrondies, plus adaptées à perforer et écraser, a commenté Sereno, qui pense que le géant a pu inscrire des dinosaures à son menu.

Le crâne de Sarcosuchus comprend aussi une large excroissance osseuse en forme de bulbe à l'extrémite de son museau, appelée bulla nasale "comme une cuvette de WC", dit en plaisantant Sereno. La bulla semble grossir considérablement au fur et à mesure que l'animal parvient à maturité.

Sereno et ses collègues ont demandé à de nombreux spécialistes des reptiles leur opinion sur la fonction de la bulla. Sa taille semble invariable entre les différents échantillons de Sarcosuchus, sans différence évidente entre mâles et femelles, il y a donc peu de chance qu'elle soit impliquée dans aucun type de sélection sexuelle, d'après Sereno. Des scientifiques suggèrent que la bulla servait à améliorer l'odorat directionnel des reptiles au cou rigide, incapables de tourner la tête vers une odeur intéressante comme le font les mammifères. La bulla aurait aussi put permettre d'amplifier les vocalisations.

"On se demande encore à quoi elle servait," admet Sereno. "Les crocodiles sont parmi les reptiles les plus sonores, et je ne serais donc pas étonné que la bulla ait un rôle dans l'odorat et la voix".

L'ère de Sarcosuchus sur terre était une période propice pour les crocodiles. Les chercheurs ont découvert six espèces différentes de crocodiles sur le site nigérien, du plus modeste en taille au plus immense, comprenant de minuscules crocodiles que Sereno décrit comme «pas beaucoup plus grands qu'un cookie», et allant jusqu'au Sarcosuchus.

"C'est ce qui est fascinant à propos de l'évolution des crocodiles. Il semble que les crocodiles modernes aient été privés des deux plus extrêmes tailles, les plus grands et les plus petits ayant disparus, " a conclu Sereno.

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Les autres members de l'équipe de recherche sont Hans C.E. Larsson de l'Université de Yale, New Haven, Connecticut, Christian A. Sidor du College de Médecine Osthéopathique de New York, Old Westbury, New York, et Boubé Gado of Institut de Recherches en Sciences Humaines, Niamey, République du Niger. Ces recherches ont été financées en partie par la Fondation David et Lucile Packard, la National Geographic Society, et la Fondation Pritzker.


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