Public Release: 

Pharmacopée des eaux usées et traitées à Montréal

Des medicaments pour traiter l'hypertension et le cholesterol presents dans l'eau traitee rejetee dans le fleuve St-Laurent

University of Montreal

Ce communiqué est disponible en anglais.

Montréal, le 26 janvier 2009 - Une étude menée par une équipe de chercheurs de l'Université de Montréal sur les eaux en amont et en aval de la station d'épuration des eaux usées de Montréal a révélé la présence de produits de chimiothérapie et de certains médicaments traitant l'hypertension et le cholestérol.

Du bézafibrate (médicament diminuant le cholestérol), de l'énalapril (médicament pour traiter l'hypertension), du méthotrexate et du cyclophosphamide (deux produits utilisés dans le traitement de certains cancers) ont tous été détectés dans les eaux usées entrant dans la station d'épuration de Montréal. Cependant, seul du bézafibrate et de l'énalapril ont été détectés dans les eaux traitées sortant de la station d'épuration et dans les eaux de surface du fleuve St-Laurent où sont rejetées les eaux traitées.

Consommation de médicaments en hausse constante

Cette étude a été menée en raison de l'augmentation fulgurante de la consommation de médicaments ces dernières années. Selon une étude d'IMS Health Global Services, en 1999, la consommation mondiale de médicaments se chiffrait à 342 milliards de dollars. En 2006, elle était évaluée à 643 milliards, soit le double. Un proportion significative des médicaments consommés sont excrétés par le corps humain dans l'urine et se retrouvent alors dans les eaux usées des égouts municipaux. Des produits de chimiothérapie, comme le méthotrexate, sont excrétés par l'organisme pratiquement tels quels (de 80 à 90% sous leur forme initiale).

Chimiothérapie pour poissons?

Les composés pharmaceutiques à l'étude ont été choisis en raison des grandes quantités prescrites par les médecins. «Le méthotrexate et le cyclophosphamide sont deux produits très souvent utilisés pour traiter le cancer, donc plus susceptibles de se retrouver dans l'eau, explique Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l'Université de Montréal. Même s'ils traitent le cancer, ces deux produits sont hautement toxiques. C'est pourquoi nous voulions savoir dans quelles mesures la faune et la flore du St-Laurent y sont exposés.»

Méthode et quantités

L'équipe du professeur Sauvé a donc optimisé et validé une méthode rapide de détection (On-line SPE-LC-MS/MS ) des composés pharmaceutiques à l'étude dans les eaux usées et traitées de la station d'épuration des eaux de Montréal.

Carte du fleuve St-Laurent et ses environs. Les zones d'échantillonnage de l'étude sont identifiées par un point noir.

Les quantités de bézafibrate et d'énalapril détectés dans les eaux usées, les eaux traitées et dans les eaux de surface à la sortie de la station d'épuration sont respectivement 50 nanogrammes par litre, 35 ng L et 8 ng L pour le bézafibrate et de 280 ng L, 240 ng L et 39 ng L pour l'énalapril.

« Ces quantités sont somme toute minimes, mais nous ne connaissons pas encore leurs effets sur la faune et la flore du St-Laurent, explique le professeur Sauvé. Il est possible que certaines espèces y soient sensibles. D'autres études écotoxicologiques seront nécessaires. Quant aux produits de chimiothérapie qui ont été détectés dans les eaux usées, mais pas dans les eaux traitées, une question demeure: nous ne les avons pas détectés parce que le processus de traitement des eaux a réussi à les éliminer ou parce que notre méthode de détection n'est pas encore assez sophistiquée pour les détecter? »

Une nouvelle menace pour l'environnement aquatique

Les sites de rejet des eaux traitées par les stations d'épuration constituent la principale source de dispersion de médicaments dans l'environnement. En raison de leur polarité élevée et de leur caractère d'acide-base, les composés pharmaceutiques à l'étude ont le potentiel d'être transportés et dispersés largement dans l'environnement aquatique. À Montréal, la station d'épuration des eaux usées traite un volume d'eau représentant 50 % de l'eau traitée au Québec et a une capacité d'environ 7,6 millions de mètres cubes par jour, ce qui en fait la plus importante station d'épuration physico-chimique en Amérique. C'est pour cette raison qu'il est important de développer une méthode de détection simple, rapide, précise et peu coûteuse, de préciser le professeur Sauvé.

###

Cette étude a été publiée dans le Journal of Environmental Monitoring et a été réalisée par des chercheurs du Département de chimie de l'Université de Montréal et de la division Recherche sur la protection des écosystèmes aquatiques d'Environnement Canada. Elle a été financée par le Conseil de recherche en sciences naturelles et génie du Canada, par le Conseil national de la science et de la technologie du Mexique, par la Fondation canadienne pour l'innovation, et par le plan d'action et de gestion chimique du fleuve St-Laurent de Santé Canada.

Pour consulter l'étude complète : www.rsc.org/Publishing/Journals/EM/article.asp?doi=b817570e

Disclaimer: AAAS and EurekAlert! are not responsible for the accuracy of news releases posted to EurekAlert! by contributing institutions or for the use of any information through the EurekAlert system.