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À NE PAS DIFFUSER AVANT 14 h 00, heure de l’Est des É.-U. Jeudi 16 Avril 2003

Découverte du gène du vieillissement précoce signalée dans Science

Une équipe de chercheurs basée en France a découvert le gène responsable du syndrome de Hutchinson-Gilford ou progeria, une maladie dont les jeunes victimes vieillissent à un rythme accéléré, cinq à dix fois plus rapidement que la normale.

Déterminer le gène à l’origine de la maladie est essentiel pour la mise au point de traitements et de programmes de dépistage, signalent les chercheurs. Leurs conclusions paraissent dans la revue Science publiée par l’American Association for the Advancement of Science.

«Sans connaître la cause de ce type de progeria, nous n’avions aucune idée de la façon dont nous pourrions en aborder le traitement. L’identification du gène responsable de cette maladie est un élément crucial d’un traitement responsable», souligne l’auteur de l’article, Nicolas Lévy, de la Faculté de Médecine de la Timone (laboratoire Inserm U491) et de l’Hôpital d'enfants de la Timone à Marseille, en France.

«Maintenant que les chercheurs ont isolé le gène, ils peuvent poursuivre leurs investigations pour déterminer ce qui a pu se passer dans l’organisme des enfants souffrant de progeria et, avec un peu de chance, trouver des moyens de prévenir la malaide ou d’en inverser les effets», remarque Stella Hurtley, rédactrice de Science à Cambridge, au Royaume-Uni.

Bien que le syndrome de Hutchinson-Gilford, également connu sous le nom de HGPS (Hutchinson-Gilford progeria syndrome), soit une maladie extrêmement rare -- il est estimé qu’elle n’affecte qu’un enfant sur quatre à huit millions, selon Lévy -- ses effets sont évidents.

Calvitie, vieillissement cutané, nanisme et macrocéphalie sont les caractéristiques les plus évidentes de la maladie. Les enfants atteints de progeria souffrent également de problèmes de santé normalement associés à la vieillesse, tels que raideur des articulations, dislocation de la hanche, problèmes cardiovasculaires et athérosclérose. Le développement mental des enfants est toutefois normal.

Les enfants atteints de progeria décèdent en moyenne à 13 ans. La maladie est à ce jour incurable.

La mutation découverte par Lévy et ses collègues se produit au niveau du gène LMNA, qui contient le «plan architectural» de deux protéines, la lamine A et la lamine C. Avec la lamine B, ces deux protéines fibrillaires tissent une sorte de toile qui tapisse l’intérieur de la membrane entourant le noyau cellulaire.

Au cours de la mitose, la membrane disparaît, permettant ainsi au noyau de se scinder en deux. Lorsqu’une nouvelle membrane se forme autour des deux noyaux, les lamines recréent une toile pour en tapisser l’intérieur. Dans le cas de lamines défectueuses, la division cellulaire se fait incorrectement et les cellules meurent prématurément, entravant la capacité de régénération tissulaire.

Les troubles dus à des lamines défectueuses sont globalement connus sous le nom de laminopathies. La plupart d’entre elles n’affectent qu’un seul type de tissu. Au début de la présente étude réalisée par l’équipe du Dr Lévy, un autre groupe de chercheurs avait établi l’existence d’un lien entre le gène LMNA et une laminopathie appelée phénotype de la dysplasie acro-mandibulaire, ou MAD.

«Je me suis dit qu’il fallait absolument que nous axions nos recherches sur les mutations du gène des lamines», remarque Lévy.

Selon Lévy, un important défi consistera à mieux comprendre les diverses fonctions dans lesquelles sont impliquées les lamines. MAD est la première laminopathie à affecter de multiples types de tissus, comme c’est le cas pour la progeria. Les mécanismes qui sous-tendent les différences entre laminopathies sont un mystère.

«Nous n’en savons pas assez sur le fonctionnement des lamines pour envisager des traitements à ce stade, indique Lévy. Je pense que nous y arriverons dans les dix prochaines années, mais la tâche sera ardue.»

Les auteurs ont étudié les séquences ADN des gènes LMNA chez des patients souffrant de progeria. Ils ont trouvé une anomalie, la substitution d’une base de l’ADN dans un segment appelé exon11.

Les exons sont des segments d’ADN contenant les informations nécessaires à la production d’une protéine donnée. Ils sont intercalés dans le gène avec des segments appelés introns. Avant qu’une molécule messagère ne puisse transporter une copie des instructions génétiques jusqu’à la «fabrique» de protéines d’une cellule, un dispositif d’excision élimine les introns de la molécule, qui ne «livre» donc qu’une chaîne d’exons.

L’équipe de Lévy a déterminé que la mutation du LMNA semble entraver le mécanisme de l’excision, avec pour résultat l’ablation de l’extrémité de l’exon 11. Ceci entraîne la production de lamines A anormales, bien que les lamines C ne soient pas affectées.

Pour une raison encore inconnue des chercheurs, la mutation entraîne la production de lamine A anormale dans certaines cellules seulement, les autres restant intouchées.

Il s’agit là d’une mutation dominante, c’est-à-dire que les enfants qui héritent d’une copie défectueuse du gène de l’un ou l’autre parent souffrent par la suite de progeria.

Lévy insiste que des recherches seront nécessaires sur d’autres patients pour déterminer toutes les causes possibles de la maladie.

«La progeria est une maladie excessivement rare, et il est donc difficile de l’étudier chez de nombreux patients. La présente étude n’a été effectuée que sur quelques cas limités, et nos conclusions exigent évidemment confirmation», souligne-t-il.

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Les auteurs de l’article avec le docteur Lévy sont Annachiare De Sandre-Diovannoli, Pierre Cau, Claire Navarro et Irène Boccaccio, de la Faculté de Médecine de la Timone (laboratoire Inserm U491), à Marseille, Rafaëlle Bernard, de l’Hôpital Timone de Marseille, Jeanne Amiel, Stanislas Lyonnet, Arnold Munnich et Martine Le Merrer, de l’Hôpital Necker (Inserm U393), à Paris, et Colin L. Stewart du National Cancer Institute à Frederick, dans le Maryland, aux états-Unis. Pierre Cau est également à l’Hôpital Conception de Marseille. L’étude a été effectuée avec le soutien de l’Association Française contre les Myopathies.

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