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La Date publique de Communiqué: 20-Juin-2007

Les mouflons de l'archipel de Kerguelen

Tous descendants du même couple et pourtant très différents génétiquement

Ce communiqué est aussi disponible en anglais.

Le 20 juin 2007 -- L'équipe de Denis Réale, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie comportementale et professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM, vient de publier des résultats de recherche très étonnants. Reconstituant l'historique génétique d'une population de mouflons fondée à partir d'un seul couple, les chercheurs ont montré que sa diversité génétique augmentait au cours du temps, contrairement à ce que prédisent les modèles habituels. Ces résultats vont à l'encontre de la croyance voulant qu'une population fondée par un très faible nombre d'individus montre plusieurs déficiences et une diversité génétique réduite.
www.video.uqam.ca/mouflonskerguelen

La population des mouflons de l'archipel de Kerguelen

Les îles de Kerguelen, dans l'océan Indien, sont l'un des quatre districts du territoire des Terres australes et antarctiques françaises. Ces îles, un des endroits les plus isolés au monde, accueillent une base militaire et scientifique. En 1957, les autorités en place décident d'offrir aux résidents la possibilité de chasser le mouflon (une forme de moutons sauvages). On importe donc un couple de mouflons de Corse, originaires du zoo de Vincennes à Paris. La population de mouflons a d'abord crû de façon exponentielle pour ensuite fluctuer, à partir du début des années 80, entre 300 et 700 individus.

L'histoire d'une recherche fascinante

Denis Réale a découvert cette population de mouflons alors qu'il effectuait, en 1991, son service civil français. Pendant 16 mois, il a participé à un programme de recherche en écologie sous la supervision de Jean-Louis Chapuis du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Il y a étudié l'écologie des mammifères (mouflons, moutons, rennes) introduits dans les Îles, et leurs comportements.

Dix ans plus tard, Renaud Kaeuffer, étudiant au doctorat en biologie de l'UQAM, sous la direction de Denis Réale et la codirection de Dominique Pontier de l'Université Claude Bernard Lyon I en France, séjourne à son tour sur les Îles pour étudier l'impact des chats introduits sur les populations d'oiseaux. Remarquant que la population de mouflons semble très florissante, il propose à Denis Réale d'étudier cette population d'un point de vue génétique. Dave Coltman, professeur à la University of Alberta, spécialiste de la génétique des ongulés, accepte de faire les analyses de matériel génétique.

Joignant leurs efforts, les chercheurs ont reconstitué à partir de poils, de cornes et de tissus, l'évolution de la diversité génétique de la population de mouflons de 1958 à 2003. Par l'entremise de Jean-Louis Chapuis, Denis Réale a eu accès aux échantillons des populations ayant vécu sur les Îles de 1988 à 1996. Pour les années manquantes, les chercheurs ont fait appel aux chasseurs qui y ont hiverné. « Nous avons prélevé les échantillons d'ADN manquants à partir des trophées de chasse et avons réussi à remonter jusqu'au fils des fondateurs » raconte Denis Réale avec le sourire. « Nous avons même pu obtenir le matériel génétique de la population d'origine au zoo de Vincennes » poursuit-il.

« À partir de ces échantillons, nous avons prélevé l'ADN et regardé certains sites génétiques » explique Renaud Kaeuffer « On s'attendait à ce que la diversité génétique de cette population de mouflons soit très homogène, et que cette diversité génétique s'appauvrisse au cours du temps. On a plutôt observé le contraire. »

L'effet de la sélection naturelle

Les chercheurs attribuent l'augmentation de cette diversité génétique à la sélection naturelle; l'échelle de temps étant trop courte pour que cette diversité soit attribuable à des mutations génétiques, et les Îles trop isolées pour avoir subi des migrations. « Cette diversité s'explique par l'élimination, au fil des générations, des individus avec une faible diversité génétique. Dans les petites populations isolées, des individus apparentés ont de grandes chances de se reproduire entre eux et d'engendrer des individus consanguins ou homozygotes. La population voit sa diversité génétique s'appauvrir et son potentiel évolutif diminuer. De plus, la consanguinité est connue pour provoquer l'apparition de maladies génétiques. Les individus les plus hétérozygotes semblent mieux résister aux maladies » explique Renaud Kaeuffer. Les chercheurs tiennent tout de même à préciser que la diversité génétique des mouflons des Îles de Kerguelen demeure tout de même moins grande que celle que l'on pourrait observer sur une population de plus grande taille.

Très peu de chercheurs ont à ce jour réalisé des études longitudinales sur l'évolution de la diversité génétique d'une population. Plusieurs populations animales et végétales voient leur habitat modifié par les activités humaines. Dans plusieurs cas, on assiste à une perte de la biodiversité. Alors que des scientifiques s'interrogent de ces impacts sur la diversité génétique des populations, voilà que l'étude de Denis Réale et ses collaborateurs apporte de nouvelles connaissances sur les mécanismes qui peuvent réguler cette diversité génétique.

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Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien financier du Conseil de recherche en sciences naturelles et génie du Canada (CRSNG).

Article du Proccedings of the Royal Society of London
www.sciences.uqam.ca/pdf/kaeuffer_reale.pdf (format PDF)

Article du Sciences Express
www.sciences.uqam.ca/scexp/12mars07/vol6_no7_art_rech2.html