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Surreprésentation des jeunes Noirs dans les systèmes de protection de l’enfance : les préjugés raciaux au banc des accusés, selon une étude

Une analyse de données nationales a révélé que les enfants noirs sont plus susceptibles d’être placés en milieu extrafamilial que les enfants blancs, même lorsque les cas sont similaires

Peer-Reviewed Publication

McGill University

Une équipe de recherche ayant examiné des données canadiennes sur la protection de l’enfance a constaté que les enfants noirs faisaient non seulement l’objet d’enquêtes plus fréquentes que leurs homologues blancs, mais qu’ils étaient également plus susceptibles d’être retirés de leur foyer, même lorsque la seule différence entre les cas est la race de l’enfant.

« Nous savons que les enfants noirs – et les personnes noires en général – sont plus susceptibles de se heurter à des difficultés socio-économiques en raison du racisme systémique. Nous avons donc voulu savoir si le nombre de placements plus élevé chez les enfants noirs, dans les cas où les dossiers étaient similaires, était dû à la situation économique ou à des préjugés raciaux », explique Alicia Boatswain-Kyte, auteure principale de l’étude et professeure adjointe à l’École de service social de l’Université McGill.

L’équipe a utilisé des données recueillies en 2019, auprès d’autorités canadiennes chargées de la protection de l’enfance, et publiées dans le cadre de l’Étude canadienne sur l’incidence des signalements de cas de violence et de négligence envers les enfants (ECI). De nouvelles données sont recueillies de manière régulière, à quelques années d’intervalle. La première étude sur l’incidence a été menée par le professeur Nico Trocmé, directeur de l’École de travail social de l’Université McGill, et les travaux actuels sont dirigés par la professeure Barbara Fallon de l’Université de Toronto; tous deux sont coauteurs de cet article.

Des taux d’enquêtes et de placements plus élevés

L’ensemble final de données pondérées, axées sur les cas de jeunes de moins de 16 ans, comprenait 134 925 familles blanches et 28 415 familles noires. Les données du Québec ont été exclues pour des raisons méthodologiques, car certains types d’enquêtes n’étaient pas pris en compte dans l’ensemble de données.

L’équipe a constaté que des enquêtes pour maltraitance étaient menées 2,27 fois plus souvent auprès d’enfants noirs qu’auprès d’enfants blancs.

Elle a ensuite analysé les placements en milieu extrafamilial résultant d’enquêtes. Afin d’isoler le rôle de la race, elle a comparé des cas d’enfants noirs et d’autres d’enfants blancs présentant des profils cliniques et économiques similaires.

Dans cet échantillon apparié comprenant 55 458 cas, les enfants noirs ont été placés en milieu extrafamilial deux fois plus souvent que leurs homologues blancs, bien que leurs cas soient par ailleurs similaires.

Des différences raciales

« Nos résultats montrent que ces disparités ne peuvent s’expliquer uniquement par la pauvreté ou des difficultés économiques. Ils mettent en évidence les préjugés raciaux, en particulier le racisme anti-Noirs, comme facteur clé à l’origine de ces résultats », déclare Alicia Boatswain-Kyte.

La professeure souligne également d’autres différences révélées par l’étude. Par exemple, les signalements de violence corporelle seraient plus fréquents chez les enfants noirs, bien qu’il n’y ait pas de différences significatives par rapport aux enfants blancs en ce qui concerne les blessures physiques réelles subies par les enfants. Cette autre disparité témoignerait d’un préjugé relatif à la façon dont les parents noirs élèvent leurs enfants.

« Il est important de comprendre et de démystifier ce sujet, car une grande partie du grand public considère la protection de l’enfance comme quelque chose de positif—car nous protégeons les enfants, n’est-ce pas? Mais pour les enfants noirs, cette protection se traduit souvent par une surveillance accrue et une implication disproportionnée du système », poursuit-elle.

« Nous ne pouvons pas supposer qu’une fois qu’un enfant entre dans le système de protection de l’enfance, il en ressortira indemne. Il s’agit d’un système envahissant, qui peut lui-même être source de traumatismes », ajoute-t-elle.

L’importance des données

De nombreuses études utilisant les données de l’ECI avaient déjà révélé des différences de traitement chez les jeunes autochtones au sein du système de protection de l’enfance, mais aucune étude ne s’était encore penchée sur les jeunes Noirs, explique Alicia Boatswain-Kyte.

Soulignant qu’elle admire le travail accompli par les chercheurs et les communautés autochtones sur le sujet, la professeure espère que cette étude et les recherches futures pourront également conduire à des changements concrets dans l’expérience des enfants noirs et, de manière générale, à des systèmes de protection de l’enfance plus justes au Canada.

« Il ne suffit pas de se fier uniquement aux données de l’ECI; l’obtention rapide de données complètes à l’échelle provinciale est essentielle à la compréhension de ces disparités. Plus nous aurons accès à de telles données, plus nous pourrons publier ce type d’études et plus le grand public prendra conscience de l’urgence d’agir, car un système qui traite un groupe d’enfants différemment d’un autre groupe d’enfants est un système injuste », conclut-elle.

L’étude

L’article « Racial disparities in child welfare: A propensity score matched analysis of Black and White children in Canada », par Alicia Boatswain-Kyte et coll., a été publié dans Child Abuse & Neglect.

L’étude a été financée en partie par la Chaire de recherche du Canada en aide sociale à l’enfance.


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