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Le cannabis irradié pourrait contenir encore des champignons toxiques et des résidus

Des chercheurs s’inquiètent des risques pour les personnes vulnérables et soulignent la nécessité de contrôles plus stricts

Peer-Reviewed Publication

McGill University

L’irradiation gamma, méthode de stérilisation d’emploi courant dans la production de cannabis thérapeutique et récréatif, n’élimine pas complètement les champignons toxiques ni leurs résidus chimiques, apprend-on dans une étude de l’Université McGill. En outre, des cas de contamination pourraient passer sous le radar, perspective inquiétante pour les personnes vulnérables en raison, notamment, d’un affaiblissement de leur système immunitaire.

Ce constat est d’autant plus préoccupant, souligne l’équipe de recherche, que 70 % du cannabis est fumé ou vapoté, si bien que les toxines peuvent être acheminées directement dans les poumons et aggraver les lésions des tissus pulmonaires provoquées par le tabagisme.

Il faut donc, plaide-t-elle, resserrer les contrôles et les mesures de protection.

Les spores présentent des risques importants pour la santé

L’irradiation gamma endommage l’ADN et l’ARN des microbes, et dégrade les mycotoxines, composés nocifs que produisent certains champignons. Bien que ce processus réduise considérablement la charge microbienne, des spores viables de champignons mycotoxigènes, des fragments d’ADN et des traces de toxines subsistent après l’irradiation, a constaté l’équipe de recherche.

Ces résidus présentent des risques importants pour la santé, notamment pour certaines populations, dont les personnes atteintes d’un cancer, ayant reçu une greffe ou porteuses du VIH. De plus, l’étude fait état de nombreux cas de mycoses pulmonaires et d’autres infections opportunistes chez des personnes en bonne santé exposées à des produits de cannabis contaminés.

Des méthodes combinées pour un contrôle plus rigoureux

L’équipe de recherche a analysé des bourgeons de cannabis séchés : échantillons non irradiés, échantillons irradiés provenant directement d’un producteur autorisé et échantillons prêts à la consommation provenant d’un détaillant autorisé. Ils ont utilisé trois approches complémentaires :

  • dénombrement et identification des bactéries et des champignons vivants par des méthodes utilisées en culture;
  • tests moléculaires (PCR et PCR quantitative) pour la détection de l’ADN fongique et de gènes producteurs de toxines;
  • tests ELISA, qui permettent de quantifier les mycotoxines, telles que les aflatoxines et les ochratoxines, par la détection d’anticorps.

Les méthodes d’analyse de pointe d’emploi courant dans la production de cannabis, telles que la spectrométrie de masse et le test ELISA, ne permettent pas de détecter les spores vivantes, souligne l’équipe de recherche. Or, explique-t-elle, on doit absolument les détecter pour garantir l’innocuité des produits de cannabis, en particulier ceux qu’utilisent les personnes immunodéprimées.

En réalisant des tests complémentaires, l’équipe a pu identifier des spores qui pourraient échapper à la spectrométrie de masse et au test ELISA.

« Il suffit d’une seule spore viable pour provoquer une maladie; nous devions donc pousser l’analyse au-delà des limites du test ELISA. Les conséquences sont peut-être minimes pour la population générale, mais le risque est bien réel pour les personnes immunodéprimées », fait valoir Saji George, coauteur de l’étude et professeur au Département des sciences des aliments et d’agrochimie.

Collaboration avec l’industrie

Comme il est extrêmement difficile d’éliminer un champignon, on ne saurait trop insister sur l’importance de la prévention, souligne l’équipe de recherche. Elle explore diverses solutions avec des partenaires de l’industrie, par exemple, le recours à de bonnes bactéries qui empêchent les champignons nuisibles de coloniser les cultures.

« Les bourgeons de cannabis contiennent des résines collantes qui favorisent grandement la contamination. Comme les champignons sont omniprésents, nous devons resserrer la vigilance à toutes les étapes, de la culture à l’entreposage, en passant par la récolte et la transformation », dit Mamta Rani, coauteure de l’étude et associée de recherche au Laboratoire d’agroalimentaire durable et de nanotechnologie environnementale (SAFE-Nano) de l’Université McGill.

« Produire du cannabis propre, c’est possible. Certaines entreprises avec lesquelles nous travaillons y sont parvenues grâce à des pratiques d’hygiène strictes et à des environnements contrôlés », affirme la chercheuse.

Et, d’ajouter Saji George : « Nous ne cherchons pas à ternir l’image de l’industrie, mais bien à assurer sa viabilité et à fournir des lignes directrices pour la production de produits sûrs. Nous devons resserrer les normes de sécurité, en particulier pour le cannabis thérapeutique. »

L’étude

L’article « Detection of Mycotoxigenic Fungi and Residual Mycotoxins in Cannabis Buds Following Gamma Irradiation », par Mamta Rani, Mohammad Jamil Kaddoura, Jamil Samsatly, Guy Chamberland, Suha Jabaj et Saji George, a été publié dans la revue Toxins.

L’étude a été financée par Tetra Biopharma Inc. (G253375).


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