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Une équipe de recherche de l’Université McGill détecte plusieurs contaminants chimiques inattendus dans le lait maternel

« Malgré la présence de ces produits, le lait maternel demeure l’idéal pour les nourrissons »

Peer-Reviewed Publication

McGill University

Une équipe interdisciplinaire comprenant des scientifiques de l’Université McGill a détecté plusieurs contaminants chimiques inattendus dans des échantillons de lait maternel du Canada et d’Afrique du Sud, plus précisément des traces de pesticides, d’antimicrobiens et d’additifs utilisés dans des plastiques et des produits de soins personnels. Les résultats de leurs analyses ont fait l’objet de cinq articles.

« Il est important de noter que ces produits chimiques ont été détectés à de faibles concentrations et que nous ne comprenons pas pleinement les effets de plusieurs d’entre eux sur la santé. Ainsi, malgré la présence de ces produits, le lait maternel demeure l’idéal pour les nourrissons, car il contient les nutriments dont ils ont besoin pour se développer, et des anticorps qui les protègent contre des maladies », explique Stéphane Bayen, coauteur de l’étude et professeur agrégé au Département des sciences des aliments et d’agrochimie.

L’équipe de recherche indique que ces données pourraient permettre d’améliorer la réglementation en matière de sécurité chimique et de protéger la santé des nourrissons et des parents en élargissant le nombre de substances ciblées dans les analyses. Par ailleurs, elles pourraient stimuler la recherche sur la métabolisation de certaines substances chimiques par le corps humain.

À la recherche de résidus inhabituels

Contrairement aux études menées précédemment, qui visaient généralement à évaluer l’effet sur la santé de substances bien définies, la présente étude visait à détecter la présence de tout résidu chimique inhabituel grâce à une analyse non ciblée.

Plusieurs composés ont été détectés, notamment :

  • des produits chimiques antimicrobiens (4-hydroxybenzoate de 2-éthylhexyle et phénylparabène) couramment ajoutés aux savons, aux désinfectants et aux produits d’hygiène personnelle;
  • des additifs antioxydants (Irganox 1010 et BHT-COOH) que l’on utilise dans la fabrication de plastiques et de matériaux d’emballage afin d’en prolonger la durée de vie;
  • des composés utilisés dans des pesticides et des antimicrobiens : le propanil, herbicide utilisé en agriculture, et le chloroxylénol, antimicrobien ajouté aux produits désinfectants et aux produits ménagers.

On n’avait jamais fait état de la présence de ces composés dans le lait maternel auparavant.

Dans des échantillons provenant d’Afrique du Sud, les scientifiques ont également détecté du 8-hydroxyéfavirenz; il s’agit d’un produit de dégradation de l’éfavirenz, médicament utilisé dans le traitement de l’infection à VIH.

« À notre connaissance, ce composé n’avait jamais été détecté dans le lait maternel. Sa présence donne à penser que les mères sud-africaines prenaient de l’éfavirenz pendant ou avant la période de prélèvement des échantillons. Ce médicament a été remplacé par un autre schéma de traitement après 2019 », souligne Stéphane Bayen.

Échantillons analysés à Montréal et en Afrique du Sud

Les scientifiques ont analysé 594 échantillons de lait maternel prélevés en 2018 et 2019 à Montréal, au Canada, ainsi que dans le district de Vhembe et à Pretoria, en Afrique du Sud.

Ils ont utilisé différentes stratégies d’exploration de données en association avec la spectrométrie de masse à haute résolution, technique qui permet de détecter avec précision des molécules dans des échantillons complexes, afin de répertorier et d’identifier des contaminants inattendus ou inconnus.

« Sans grande surprise, nos résultats montrent que les populations sont exposées à un cocktail complexe de résidus chimiques, qui varie d’un individu à l’autre en fonction de l’alimentation, de l’environnement et du mode de vie », explique Stéphane Bayen.

Si l’on souhaite réduire l’exposition à certains contaminants, on doit d’abord obtenir des données de départ, ajoute-t-il.

L’équipe a également constaté que la concentration de certaines substances chimiques dans le lait maternel, telles que le bisphénol A et le bisphénol AF, était associée à une altération de la croissance chez les nourrissons sud-africains, ce qui montre que l’exposition à des contaminants dans le lait maternel peut avoir des effets néfastes. « Il s’agit de la première étude de ce type, et on devra en reproduire les résultats avant de pouvoir tirer des conclusions », rappelle cependant Jonathan Chevrier, professeur agrégé d’épidémiologie.

« Le lait maternel est considéré comme l’étalon-or de la nutrition du nourrisson. Il est donc essentiel de savoir à quoi les nourrissons sont exposés pendant cette étape particulièrement critique de leur développement », conclut-il.

Les articles

L’article « Breast milk bisphenol concentrations in Canada and South Africa and associations with body size among South African infants », par Basant Elsiwi, Stéphane Bayen, Zhi Hao Chi, Cynthia G. Goodyer, Barbara F. Hales, Bernard Robaire, Riana Bornman, Muvhulawa Obida, Erica E.M. Moodie et Jonathan Chevrier, est paru dans la revue Environmental Research en novembre 2025.

L’article « Application of non-targeted analysis for the identification of uncommon or unreported chlorinated contaminants in human milk », par Zhi Hao Chi, Ronan Cariou, Solène Motteau, Bruno Le Bizec, Gaud Dervilly, Lan Liu, Jingyun Zheng, Lei Tian, Jonathan Chevrier, Riana Bornman, Muvhulawa Obida, Cindy Gates Goodyer, Bernard Robaire, Barbara F. Hales et Stéphane Bayen, est paru dans la revue Exposome en septembre 2025.

L’article « Suspect screening of bisphenol A (BPA) structural analogues and functional alternatives in human milk from Canada and South Africa », par Zhi Hao Chi et coll., est paru dans la revue Nature: Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology en juin 2025.

L’article « Investigation of common and unreported parabens alongside other plastic-related contaminants in human milk using non-targeted strategies », par Zhi Hao Chi et coll., est paru dans la revue Chemosphere en mai 2024.

L’article « Biomonitoring of bisphenol A (BPA) and bisphenol analogues in human milk from South Africa and Canada using a modified QuEChERS extraction method », par Zhi Hao Chi et coll., est paru dans la revue Environmental Pollution en mai 2024.

L’étude a été financée par le Fonds des leaders John-R.-Evans de la Fondation canadienne pour l’innovation, les Instituts de recherche en santé du Canada et une Chaire de recherche du Canada en sciences de la santé environnementale et en épidémiologie (J. Chevrier).


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